Les religions en Chine
Parler de religion en Chine suppose d’abandonner les réflexes occidentaux. Ici, il n’y a pas d’opposition stricte entre « croyant » et « non-croyant », ni d’obligation d’appartenir à une seule confession. Une même personne peut allumer de l’encens dans un temple bouddhiste, suivre des principes confucéens dans sa vie familiale et consulter un maître taoïste pour choisir la date de son mariage, sans y voir la moindre contradiction.
📌 En résumé
- L’approche : pas d’opposition stricte entre croyant et non-croyant, ni d’appartenance à une seule confession.
- Les chiffres : le recensement ne pose plus la question, les données disponibles sont des estimations.
- La plus répandue : la religion traditionnelle chinoise, aussi appelée religion populaire.
- Le taoïsme : la seule grande religion institutionnelle d’origine chinoise.
- Les autres piliers : le confucianisme, plus proche d’un système de valeurs, et le bouddhisme.
Cette particularité, appelée syncrétisme, est la clé pour comprendre le paysage religieux chinois. Résultat : selon la façon dont on pose la question, la Chine apparaît soit comme le pays le moins religieux du monde, soit comme un pays où la moitié de la population a des pratiques spirituelles. Dans ce guide, on démêle le vrai du faux avec les chiffres les plus récents, puis on présente chaque grande tradition (religion populaire, taoïsme, confucianisme, bouddhisme, islam et christianisme), son histoire, sa place aujourd’hui et les lieux où la découvrir pendant ton voyage.

La religion en Chine en chiffres
Il n’existe plus de question sur la religion dans le recensement chinois, et les instituts étrangers ne sont pas autorisés à mener des sondages sur le sujet en Chine. Les meilleures données disponibles viennent donc de deux sources : les enquêtes académiques chinoises (CGSS, CFPS, World Values Survey), compilées par le Pew Research Center dans son rapport Measuring Religion in China (2023), et les chiffres officiels publiés par le gouvernement chinois dans son Livre blanc de 2018 sur la liberté religieuse.
Ces chiffres semblent se contredire, mais ils mesurent des choses différentes. Quand on demande aux Chinois quelle est leur « religion » (zongjiao, 宗教), 9 sur 10 répondent qu’ils n’en ont pas. Pourtant, seul un tiers d’entre eux se déclarent athées (World Values Survey 2018), et une large partie de la population brûle de l’encens, consulte des oracles ou honore ses ancêtres. Selon le Pew Research Center, la part des Chinois que l’on peut qualifier de religieux « d’une manière ou d’une autre » varie ainsi de moins de 10 % à plus de 50 % selon la question posée.
Autre tendance à retenir : contrairement à une idée répandue en Occident, les enquêtes ne montrent pas de « réveil religieux » massif depuis 2010. La part des adultes rattachés à une religion est passée de 12 % en 2010 à 10 % en 2018, puis à 7 % dans l’enquête CGSS 2021, et les jeunes Chinois sont moins pratiquants que leurs aînés.
Comprendre la religion en Chine : une approche différente
Un mot importé pour une réalité très ancienne
Le mot chinois pour « religion », zongjiao (宗教), n’est entré dans l’usage courant qu’au tout début du XXᵉ siècle, emprunté au japonais qui l’avait forgé pour traduire le concept occidental. Il désigne une religion organisée, avec des fidèles, un clergé et une doctrine. Les pratiques traditionnelles comme brûler de l’encens au temple ou choisir un jour propice sont, elles, plutôt qualifiées de « coutumes » (xisu, 习俗), voire de « superstitions » (mixin, 迷信). C’est pourquoi tant de Chinois disent ne pas être religieux tout en ayant une vie spirituelle bien réelle.
Les « trois enseignements » ne font qu’un
En Occident, la religion repose souvent sur une adhésion exclusive : on est catholique, musulman ou athée. En Chine, cette logique ne s’applique pas. Une expression résume l’esprit chinois : sanjiao heyi (三教合一), « les trois enseignements se fondent en un seul ». Le confucianisme règle la vie sociale et familiale, le taoïsme la relation à la nature et au corps, le bouddhisme la question de la souffrance et de l’au-delà. On y pioche selon les besoins, un peu comme dans un répertoire commun de pratiques et de croyances. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver Confucius, Laozi et le Bouddha côte à côte sur le même autel.
Une religion de l’action plutôt que de la foi
La pratique la plus courante, le bai bai (拜拜, « la vénération »), consiste à adresser une prière à une divinité en brûlant de l’encens et en faisant un vœu. Ce geste est souvent très concret : on vient demander la réussite d’un examen, la naissance d’un enfant, la santé d’un parent ou le succès d’une affaire. D’après les enquêtes compilées par Pew, 24 % des adultes chinois ont visité un temple ou un lieu sacré dans l’année pour y prier pour leur chance. Ce qui compte, ce n’est pas tant ce que l’on croit que ce que l’on fait, et l’efficacité supposée du rite, ce que les Chinois appellent le ling (灵).
La religion traditionnelle chinoise (la plus répandue)
C’est de loin la pratique la plus partagée, bien qu’elle n’ait longtemps porté aucun nom précis. La religion traditionnelle chinoise (中国民间信仰), aussi appelée religion populaire ou shenisme, est un polythéisme syncrétiste pratiqué par une grande partie des Hans. Paradoxalement, elle est presque invisible dans les statistiques : en 2018, seuls 3 % des adultes déclaraient formellement s’y rattacher (CGSS), alors que ses rites rythment la vie de centaines de millions de familles.
Le culte des ancêtres, pilier de la vie familiale
Au cœur de cette religion se trouve le culte des ancêtres. On considère que les défunts continuent d’exister dans l’au-delà et qu’ils ont besoin des offrandes de leurs descendants, en échange de leur protection. Concrètement, cela passe par des tablettes ancestrales sur un autel domestique, des salles des ancêtres (祠堂) dans les villages du Sud, et surtout par l’entretien des tombes lors de la fête de Qingming, au début du mois d’avril. Ce jour-là, les familles balaient les sépultures, déposent de la nourriture et brûlent du papier-monnaie (冥币) et des objets en papier destinés à l’au-delà : maisons, voitures, smartphones et même cartes bancaires.
Une « bureaucratie céleste » peuplée de dieux
La religion populaire compte une multitude de divinités, souvent des humains déifiés après leur mort. Ce monde divin a progressivement pris la forme d’une véritable « bureaucratie céleste », avec des dieux-fonctionnaires hiérarchisés, reflet du système mandarinal impérial. Parmi les plus vénérés :
- Guan Yu (关羽) : général historique du IIIᵉ siècle devenu dieu de la guerre, de la loyauté et des commerçants. Sa statue au visage rouge trône dans d’innombrables restaurants et commissariats.
- Mazu (妈祖) : déesse de la mer et protectrice des marins, très vénérée au Fujian, à Taïwan, à Macao et dans toute la diaspora. Ses croyances et coutumes sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2009.
- Caishen (财神) : le dieu de la richesse, omniprésent pendant le Nouvel An chinois.
- Zao Jun (灶君) : le dieu du foyer, qui monte chaque année au Ciel juste avant le Nouvel An pour faire son rapport sur la famille. On lui offre des sucreries pour qu’il « parle en bien ».
- Tudigong (土地公) : le dieu du sol, gardien de chaque quartier et de chaque village, honoré dans de minuscules sanctuaires au bord des routes.

Une religion qui imprègne le quotidien
La religion populaire déborde largement des temples. Elle s’exprime dans le choix d’une date propice pour un mariage ou un déménagement, dans l’agencement d’une maison selon le feng shui, dans les superstitions chinoises autour des chiffres (le 8 porte bonheur, le 4 évoque la mort) ou encore dans la plupart des fêtes traditionnelles chinoises. Le Pew Research Center note d’ailleurs que les jeunes adultes accordent moins d’importance aux jours propices que leurs aînés : 18 % y attachent « beaucoup » d’importance, contre 29 % des plus de 55 ans (CGSS 2018).
Le taoïsme
Le taoïsme (道教, dàojiào) est la seule grande religion institutionnelle d’origine purement chinoise. Il faut distinguer deux choses que le français confond souvent : la pensée taoïste (道家), une philosophie née entre le VIᵉ et le IVᵉ siècle avant notre ère, et la religion taoïste, organisée en église avec un clergé, des temples et des rituels à partir du IIᵉ siècle.
Laozi, Zhuangzi et la quête du Dao
Le taoïsme puise dans la pensée attribuée à Laozi, auteur légendaire du Dao De Jing (道德经), et à Zhuangzi, philosophe du IVᵉ siècle av. J.-C. Sa notion centrale est le Dao (la « Voie »), principe qui règle l’univers et avec lequel l’homme doit vivre en harmonie. On y retrouve des concepts essentiels à la culture chinoise : l’équilibre du yin et du yang, le wu wei (le non-agir, ou l’action en accord avec le cours naturel des choses) et la recherche de la longévité, voire de l’immortalité.
Deux grandes écoles : Zhengyi et Quanzhen
La religion taoïste naît traditionnellement en 142 après J.-C., quand Zhang Daoling fonde au Sichuan la « Voie des Maîtres célestes », ancêtre de l’école Zhengyi (正一). Ses prêtres peuvent être mariés, vivent souvent à domicile et sont spécialistes des rituels (funérailles, exorcismes, bénédictions), avec pour centre historique le mont Longhu au Jiangxi. Au XIIᵉ siècle, Wang Chongyang fonde l’école Quanzhen (全真), « la Complétude du réel », monastique et célibataire, dont le siège est le temple du Nuage Blanc à Pékin.
Le taoïsme aujourd’hui
Selon le Livre blanc de 2018, la Chine compte environ 9 000 temples taoïstes enregistrés et plus de 40 000 prêtres et religieux taoïstes. Le nombre de fidèles est en revanche impossible à chiffrer, car il n’existe aucune procédure d’adhésion : selon les enquêtes compilées par Pew, 18 % des adultes chinois déclarent croire en des divinités taoïstes, mais moins de 1 % se disent formellement taoïstes. Son influence dépasse largement le religieux : médecine traditionnelle chinoise, taiji quan pratiqué chaque matin dans les parcs (lire notre article sur le mode de vie des retraités chinois), qi gong, alchimie et feng shui en sont directement issus.
Pour découvrir le taoïsme en voyage, les incontournables sont le temple Qingyang de Chengdu, l’un des plus anciens du pays, les monts sacrés comme Huashan ou le mont Wudang (classé à l’UNESCO en 1994), et le temple du Nuage Blanc à Pékin.

Le confucianisme : religion ou philosophie ?
Le confucianisme (儒家 ou 儒教) occupe une place à part, car il s’apparente davantage à un système de valeurs morales et sociales qu’à une religion au sens classique. Son fondateur, Confucius (Kongzi, 551-479 av. J.-C.), a vécu à une époque de guerres et de crise des valeurs. Il s’est concentré sur l’éthique, l’ordre social et les relations humaines, plutôt que sur les dieux ou l’au-delà. Ses enseignements ont été rassemblés par ses disciples dans les Entretiens (论语, Lunyu).
Les grands principes confucéens
- Ren (仁) : la bienveillance, la qualité qui fait d’un individu un être pleinement humain.
- Li (礼) : les rites et les convenances, qui règlent les comportements et maintiennent l’harmonie.
- Xiao (孝) : la piété filiale, le respect et le soin dûs aux parents et aux ancêtres.
- Les cinq relations : souverain et sujet, père et fils, époux et épouse, aîné et cadet, ami et ami. Chacune implique des devoirs réciproques.
De doctrine d’État à renouveau contemporain
Sous la dynastie Han, vers 136 av. J.-C., l’empereur Wu fait du confucianisme la doctrine officielle de l’État. Pendant près de 1 300 ans, de 605 à 1905, les examens impériaux qui permettaient de devenir fonctionnaire reposaient sur la maîtrise des classiques confucéens. Le confucianisme avait aussi une dimension cultuelle : des temples de Confucius s’élevaient dans chaque ville, et l’empereur célébrait lui-même le culte du Ciel au Temple du Ciel de Pékin.
Violemment attaqué pendant la Révolution culturelle, notamment lors de la campagne « Critiquer Lin Biao, critiquer Confucius » (1973-1976), il fait depuis les années 2000 l’objet d’un net retour en grâce, porté par les autorités qui valorisent ses idées d’harmonie sociale. Les instituts culturels chinois à l’étranger portent d’ailleurs son nom depuis 2004. À Qufu, sa ville natale au Shandong, le temple, le cimetière et la demeure de la famille Kong sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994.
C’est cette dimension éthique, et non spirituelle, qui explique que beaucoup de spécialistes le classent comme une philosophie morale, même si une partie de la population le considère comme une religion à part entière. Aujourd’hui encore, ses valeurs restent très visibles : respect des aînés, importance de la famille, préférence pour l’harmonie plutôt que la confrontation, et place centrale de l’éducation.
Le bouddhisme
Le bouddhisme (佛教, fójiào) est la première religion institutionnelle de Chine. Mais là encore, tout dépend de la manière de compter : seuls 4 % des adultes, soit environ 42 millions de personnes, se déclarent formellement bouddhistes (CGSS 2018), alors que 33 % disent croire au Bouddha ou aux bodhisattvas (CFPS). Le gouvernement, lui, recense 33 500 temples bouddhistes et environ 222 000 moines et nonnes (Livre blanc 2018).
Une religion venue d’Inde et devenue chinoise
Arrivé d’Inde au Iᵉʳ siècle de notre ère par les routes de la soie, le bouddhisme s’installe officiellement avec la fondation du temple du Cheval Blanc à Luoyang, traditionnellement datée de l’an 68. Il connaît son âge d’or sous la dynastie Tang, quand le moine Xuanzang rapporte d’Inde des centaines de sutras en 645, conservés dans la Grande Pagode de l’Oie sauvage à Xi’an. En 845, l’empereur Wuzong lance une grande persécution qui détruit des milliers de monastères, mais la religion s’en relèvera.
En se mêlant aux pensées confucéenne et taoïste, il donne naissance à des écoles typiquement chinoises comme le Chan (ancêtre du zen japonais), le Tiantai et la Terre pure, aujourd’hui la plus populaire. Sa figure la plus vénérée est Guanyin (观音), bodhisattva de la compassion représentée sous des traits féminins, que l’on prie aussi bien dans les temples bouddhistes que dans les sanctuaires populaires.
Trois branches du bouddhisme en Chine
- Le bouddhisme chinois (Han) : de loin le plus répandu, avec environ 28 000 temples.
- Le bouddhisme tibétain : pratiqué au Tibet, au Qinghai, en Mongolie-Intérieure et au Sichuan occidental, avec environ 3 800 monastères. Il s’organise en quatre grandes écoles (Nyingma, Sakya, Kagyu, Gelug).
- Le bouddhisme Theravada : pratiqué par les Dai du Xishuangbanna, au Yunnan, avec environ 1 700 temples.
Les lieux bouddhistes à visiter en Chine
Le bouddhisme a laissé en Chine certains de ses plus beaux sites au monde. Les quatre montagnes sacrées (Wutai, Emei, Putuo et Jiuhua) attirent chaque année des millions de pèlerins. L’art bouddhiste culmine dans les grottes de Mogao à Dunhuang, le Grand Bouddha de Leshan, haut de 71 mètres, ou les sculptures rupestres du Grand Bouddha de Dazu. En ville, ne manque pas le temple de Lingyin à Hangzhou, le temple du Bouddha de Jade à Shanghai, le temple Guangxiao à Canton ou le temple Yuantong à Kunming. Au Tibet, le palais du Potala et le temple Jokhang sont les cœurs spirituels du bouddhisme tibétain.
L’héritage bouddhiste imprègne aussi l’architecture, avec les pagodes chinoises, et la gastronomie, avec la cuisine végétarienne des monastères : si tu ne manges pas de viande, lis notre guide pour être végétarien en Chine.

L’islam
L’islam (伊斯兰教) est arrivé en Chine très tôt. La tradition retient l’an 651, date d’une ambassade envoyée par le calife Othman à la cour des Tang. Il s’est ensuite diffusé par deux voies : la route de la soie maritime, avec des communautés de marchands arabes et perses à Canton et à Quanzhou, et la route de la soie terrestre, à travers l’Asie centrale. Le célèbre amiral Zheng He, qui commanda les grandes expéditions maritimes du XVᵉ siècle, était lui-même un musulman hui.
Combien de musulmans en Chine ?
L’islam est pratiqué par dix minorités ethniques. Les deux principales sont les Hui (environ 11,4 millions de personnes au recensement de 2020), dispersés dans tout le pays, sinophones et culturellement très proches des Hans, et les Ouïghours (environ 11,8 millions), turcophones concentrés au Xinjiang. Viennent ensuite les Kazakhs, les Dongxiang, les Kirghizes, les Salar ou les Tadjiks. Le gouvernement chinois avance le chiffre de plus de 20 millions de musulmans, avec 35 000 mosquées et 57 000 imams (Livre blanc 2018). Les estimations de Pew, fondées sur les enquêtes, situent les musulmans à un peu moins de 2 % des adultes.
Les lieux de l’islam chinois à découvrir
Les mosquées chinoises sont souvent surprenantes pour un voyageur : beaucoup adoptent l’architecture des temples chinois, avec toits incurvés et pagodes en guise de minarets. La plus célèbre est la Grande Mosquée de Xi’an, dont la fondation remonte traditionnellement à 742, nichée au cœur du quartier musulman de Xi’an. À Canton, la mosquée Huaisheng serait l’une des plus anciennes du pays. Au Xinjiang, l’architecture est au contraire d’inspiration centrasiatique, comme la mosquée Id Kah de Kashgar. Pour préparer un voyage dans la région, consulte notre guide sur le nord et le sud du Xinjiang.
L’islam a aussi profondément marqué la gastronomie. Les restaurants halal, repérables à l’inscription 清真 (qingzhen), sont présents dans toutes les villes de Chine, notamment ceux de nouilles de Lanzhou. Découvre aussi la cuisine du Xinjiang, avec ses brochettes d’agneau et ses pains nang.
La situation des musulmans, et en particulier des Ouïghours au Xinjiang, fait l’objet de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains et de plusieurs gouvernements occidentaux, qui dénoncent des détentions de masse et des restrictions religieuses. Les autorités chinoises rejettent ces accusations et présentent leur politique comme une lutte contre l’extrémisme et pour le développement de la région.
Tu cherches un hôtel en Chine ?
Profite des meilleurs prix et du plus grand choix d’hôtels ! En Chine, c’est sur Trip.com que tu auras les meilleurs tarifs !
Réserve ton hôtelLe christianisme
Le christianisme est présent en Chine sous deux formes officiellement reconnues, et administrées séparément : le catholicisme (天主教, tianzhujiao) et le protestantisme (基督教, jidujiao).
Quatorze siècles d’histoire
Les premiers chrétiens arrivent en Chine dès 635 : des moines de l’Église d’Orient (dite « nestorienne »), menés par Alopen, s’installent à Chang’an, l’actuelle Xi’an. Une stèle gravée en 781 en témoigne, aujourd’hui conservée au musée de la Forêt des stèles. Sous les Mongols, le franciscain Jean de Montecorvino fonde à Pékin le premier archevêché catholique, à la fin du XIIIᵉ siècle. Mais c’est surtout le jésuite italien Matteo Ricci, arrivé à Macao en 1582 puis à Pékin en 1601, qui marque l’histoire en adaptant le message chrétien à la culture confucéenne et en introduisant les sciences européennes à la cour des Ming.
Au XIXᵉ siècle, après les guerres de l’opium, les missionnaires catholiques et protestants se multiplient sous la protection des puissances occidentales, ce qui associe durablement le christianisme à l’impérialisme étranger dans l’esprit de nombreux Chinois. Les missions laissent toutefois un héritage durable : écoles, hôpitaux et universités pionnières de l’éducation moderne. Après 1949, les missionnaires sont expulsés et les Églises placées sous la tutelle de l’État : le Mouvement patriotique des trois autonomies pour les protestants (1954) et l’Association patriotique catholique (1957).
Combien de chrétiens en Chine ?
Les chiffres officiels font état de 6 millions de catholiques et de 38 millions de protestants, répartis dans 6 000 églises catholiques (98 diocèses) et 60 000 lieux de culte protestants (Livre blanc 2018). Les enquêtes donnent un ordre de grandeur plus bas : environ 2 % des adultes, soit 20 millions de personnes, se déclaraient chrétiens en 2018, dont près de 90 % de protestants (CGSS). Ces estimations sont sans doute conservatrices, car elles couvrent mal les « églises de maison » non enregistrées, dont les fidèles hésitent à se déclarer.
Après une croissance très rapide dans les années 1980 et 1990, le christianisme chinois semble aujourd’hui marquer le pas : le Pew Research Center ne relève pas d’évolution significative entre 2010 (23,2 millions de chrétiens déclarés) et 2018. Les fidèles sont plutôt âgés, et les catholiques restent concentrés dans quelques régions historiques comme le Hebei, le Shanxi, Shanghai ou le Fujian. Côté catholique, Rome et Pékin ont signé en 2018 un accord provisoire sur la nomination des évêques, renouvelé à plusieurs reprises depuis.
Les églises à visiter en Chine
Les églises sont parmi les témoins les plus frappants de la présence occidentale en Chine. Parmi les plus belles : la cathédrale du Sacré-Cœur de Canton, néo-gothique et entièrement en granit, la cathédrale Saint-Joseph de Tianjin, la cathédrale Saint-Michel de Qingdao, la cathédrale orthodoxe Sainte-Sophie de Harbin ou les célèbres ruines de Saint-Paul à Macao.

Les autres croyances présentes en Chine
Au-delà des grandes traditions, la Chine abrite une mosaïque de croyances plus discrètes :
- Le chamanisme : toujours vivant chez les peuples du Nord-Est (Mandchous, Evenks, Oroqen) et en Mongolie-Intérieure.
- La religion Dongba : propre au peuple Naxi de Lijiang, au Yunnan, avec sa célèbre écriture pictographique.
- Le Bön : religion prébouddhique du Tibet, encore pratiquée dans certaines communautés.
- Le judaïsme : la communauté juive de Kaifeng, installée dès l’époque Song, et les réfugiés juifs de Shanghai et Harbin au XXᵉ siècle en ont laissé des traces.
- L’orthodoxie russe : ultra-minoritaire aujourd’hui, mais elle a laissé de magnifiques églises dans le Nord-Est, comme à Harbin.
Récapitulatif : les religions en Chine et leur poids
Le tableau ci-dessous croise les trois types de données disponibles. Les chiffres des enquêtes mesurent l’identification formelle à une religion, ceux du gouvernement les croyants recensés par les associations officielles. Les pourcentages de croyance se recoupent, une même personne pouvant relever de plusieurs traditions.
| Tradition | Se déclarent (CGSS 2018) | Croient / pratiquent | Chiffres officiels (Livre blanc 2018) et statut |
|---|---|---|---|
| Religion populaire | ~3 % | Très majoritaire (culte des ancêtres, encens) | Non reconnue comme religion officielle |
| Bouddhisme | ~4 % (42 M) | 33 % croient au Bouddha | Officielle : 33 500 temples, 222 000 religieux |
| Taoïsme | < 1 % | 18 % croient aux divinités taoïstes | Officielle : 9 000 temples, 40 000 religieux |
| Christianisme | ~2 % (20 M) | ~3 % croient exclusivement au Dieu chrétien | Officielle : 38 M protestants, 6 M catholiques |
| Islam | < 2 % | Lié à 10 minorités ethniques | Officielle : 20 M+ fidèles, 35 000 mosquées |
| Confucianisme | Transversal | Valeurs partagées par toute la société | Non reconnu comme religion |
| Sans religion déclarée | ~90 % | Dont 1/3 seulement se disent athées (WVS) |
Le cadre politique : comment l’État encadre les religions
La République populaire de Chine est dirigée depuis 1949 par un Parti communiste officiellement athée. L’article 36 de la Constitution de 1982 garantit néanmoins la « liberté de croyance religieuse », tout en précisant que l’État protège les « activités religieuses normales » et que les religions ne doivent pas être soumises à une domination étrangère.
Cinq religions reconnues, sept associations officielles
Cinq religions disposent d’un statut officiel : le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, le catholicisme et le protestantisme. Elles sont représentées par sept associations nationales placées sous la supervision de l’État (l’Association bouddhiste de Chine, l’Association taoïste, l’Association islamique, l’Association patriotique catholique et la Conférence des évêques, le Mouvement des trois autonomies et le Conseil chrétien de Chine). Depuis 2018, l’administration des affaires religieuses est rattachée au Département du Travail du Front uni du Parti.
De la Révolution culturelle à la « sinisation » des religions
L’histoire récente a connu des phases très contrastées. Pendant la Révolution culturelle (1966-1976), toute pratique religieuse est interdite et un grand nombre de temples, d’églises et de mosquées sont détruits ou transformés. À partir de 1982, la politique d’ouverture permet la réouverture et la restauration de milliers de lieux de culte. Depuis le milieu des années 2010, les autorités ont renforcé leur contrôle avec une politique de « sinisation des religions » (宗教中国化), qui vise à les aligner sur la culture chinoise et les orientations du Parti, et un nouveau règlement sur les affaires religieuses entré en vigueur le 1er février 2018.
Dans les faits, les pratiques inscrites dans ce cadre sont tolérées et souvent très visibles, notamment dans les grands temples touristiques. En revanche, les membres du Parti communiste sont tenus d’être athées, l’enseignement religieux des mineurs est encadré, et les groupes non enregistrés (églises de maison, mouvement Falun Gong interdit depuis 1999) s’exposent à des restrictions. Les politiques menées au Tibet et au Xinjiang sont régulièrement critiquées par des ONG et des gouvernements étrangers, ce que Pékin conteste. À noter : à Hong Kong, à Macao et à Taïwan, le cadre est très différent et la liberté religieuse beaucoup plus large.
Visiter un lieu de culte en Chine : les bons usages
Temples, monastères, mosquées et églises sont parmi les plus beaux sites à découvrir lors d’un voyage en Chine. Les étrangers y sont généralement les bienvenus, à condition de respecter quelques règles simples :
- Enjambe le seuil des temples au lieu de marcher dessus : il est réputé protéger le lieu des esprits mal intentionnés.
- Tourne dans le sens des aiguilles d’une montre autour des stupas, des moulins à prières et des temples tibétains.
- Ne photographie pas l’intérieur des salles sans vérifier : c’est souvent interdit devant les statues principales, et les panneaux 禁止拍照 le signalent.
- Adopte une tenue correcte : épaules et genoux couverts, en particulier dans les mosquées, où les femmes doivent aussi couvrir leurs cheveux, et où l’accès à la salle de prière est parfois réservé aux musulmans.
- Pour l’encens, on en brûle trois bâtons, tenus à deux mains, en saluant trois fois. Beaucoup de temples en offrent à l’entrée : méfie-toi des vendeurs qui proposent des bâtons « spéciaux » hors de prix.
- Ne touche pas les moines, ne les interromps pas pendant les cérémonies et ne pointe pas les statues du doigt ou des pieds.
Pour vivre ces lieux au moment où ils sont les plus animés, vise les grandes fêtes : le Nouvel An chinois et la fête des Lanternes, l’anniversaire du Bouddha (8ᵉ jour du 4ᵉ mois lunaire) ou, au Tibet, les grands festivals tibétains. Et pour approfondir la culture du pays, lis notre article sur la culture et les traditions chinoises.
FAQ : Les questions sur la religion en Chine
Quelle est la religion la plus pratiquée en Chine ?
Combien de religions sont reconnues officiellement en Chine ?
La Chine est-elle un pays athée ?
Quelles sont les croyances chinoises ?
Quel est le but du taoïsme ?
Le confucianisme est-il une religion ?
Un Chinois peut-il pratiquer plusieurs religions à la fois ?
Quelle est la différence entre taoïsme et bouddhisme ?
Peut-on visiter les temples en Chine quand on est touriste ?
Sources
- Pew Research Center, Measuring Religion in China, août 2023 (analyse des enquêtes CGSS, CFPS et World Values Survey).
- Pew Research Center, 6 facts about Buddhism in China, septembre 2023.
- Pew Research Center, China’s Christian population appears to have stopped growing, décembre 2023.
- Bureau d’information du Conseil des affaires de l’État, China’s Policies and Practices on Protecting Freedom of Religious Belief (Livre blanc), avril 2018.
- Bureau national des statistiques de Chine, 7ᵉ recensement national de la population (2020), données par groupe ethnique.








3 commentaires