industrie spatiale chinoise

L’industrie spatiale chinoise : acteurs, missions et ambitions

Dernière modification le 22/10/2026
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L’industrie spatiale chinoise désigne l’ensemble des agences, entreprises et centres de recherche qui conçoivent, fabriquent et lancent des fusées, des satellites et des vaisseaux en Chine. En 2025, le pays a réalisé 92 lancements orbitaux, un record national selon l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA).

📌 En résumé

  • Le poids : 92 lancements orbitaux en 2025, un record national, et plus de 300 satellites placés en orbite.
  • Les acteurs : des agences d’État (CNSA, CMSA), deux grands groupes publics et des dizaines d’entreprises privées.
  • Les vols habités : la station Tiangong est occupée en permanence depuis 2022 par des équipages de trois astronautes.
  • La Lune : échantillons rapportés de la face cachée en 2024, et un objectif d’alunissage habité avant 2030.
  • Le commercial : premières récupérations de premiers étages en 2026 et deux mégaconstellations en déploiement.
  • Pour le voyageur : les lancements de Wenchang, sur l’île de Hainan, se regardent depuis les plages.

Partie de presque rien dans les années 1950, la Chine est aujourd’hui la deuxième puissance spatiale mondiale en nombre de lancements, derrière les États-Unis. Elle exploite sa propre station spatiale, a rapporté des échantillons de la face cachée de la Lune et prépare un premier alunissage habité.

Cet article présente l’histoire du programme, ses acteurs, ses bases de lancement, ses grandes missions, l’essor du secteur commercial et les endroits où découvrir l’espace chinois lors d’un voyage.

Une industrie spaciale née pendant la guerre froide

Les débuts avec Qian Xuesen

Le programme spatial chinois naît en 1956, avec la création de la Cinquième Académie du ministère de la Défense. Son premier directeur est Qian Xuesen (钱学森), ingénieur formé au MIT et au California Institute of Technology, rentré en Chine en 1955.

Les premières années sont consacrées aux missiles balistiques. Les lanceurs spatiaux chinois, baptisés Longue Marche (长征, Chángzhēng), sont directement issus de ces travaux militaires.

1970 : le premier satellite chinois

Le 24 avril 1970, la Chine place en orbite Dong Fang Hong 1 (东方红一号, « L’Orient est rouge »). Elle devient le cinquième pays à lancer un satellite par ses propres moyens, après l’URSS, les États-Unis, la France et le Japon.

Le satellite diffusait depuis l’orbite la mélodie du chant révolutionnaire du même nom. Depuis 2016, le 24 avril est célébré chaque année comme la Journée de l’espace de Chine.

2003 : le premier astronaute

Le 15 octobre 2003, Yang Liwei (杨利伟) décolle à bord de Shenzhou 5. La Chine devient le troisième pays à envoyer un humain dans l’espace par ses propres moyens, après l’URSS et les États-Unis.

Les astronautes chinois sont souvent appelés « taïkonautes » dans les médias occidentaux. En chinois, on dit hángtiānyuán (航天员).

Les acteurs de l’espace chinois

Les agences d’État

L’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA), créée en 1993, coordonne les programmes civils, notamment l’exploration de la Lune et de Mars. Elle représente aussi la Chine dans la coopération internationale.

Les vols habités relèvent d’une structure distincte, l’Agence spatiale habitée de Chine (CMSA). Elle gère les astronautes, les vaisseaux Shenzhou et la station Tiangong.

Les grands groupes publics

L’essentiel de la production repose sur deux conglomérats d’État. La China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) fabrique les fusées Longue Marche, les vaisseaux et la plupart des satellites.

La China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC) est davantage tournée vers les missiles et les applications de défense, avec quelques activités spatiales civiles.

Les entreprises privées

Depuis 2014, le gouvernement ouvre progressivement le secteur aux capitaux privés. Des entreprises comme LandSpace, Galactic Energy, Space Pioneer ou iSpace développent leurs propres lanceurs.

Ce mouvement s’inscrit dans la stratégie industrielle nationale, dont le plan Made in China 2025 faisait de l’aéronautique et du spatial un secteur prioritaire.

Les bases de lancement chinoises

La Chine dispose de quatre centres de lancement historiques, complétés par un site commercial et par des tirs depuis la mer.

CentreLocalisationPremier lancement orbitalPrincipales missions
Jiuquan (酒泉)Désert de Gobi, Mongolie-Intérieure1970Vols habités Shenzhou, premier satellite chinois
Taiyuan (太原)Province du Shanxi1988Satellites météo et d’observation en orbite polaire
Xichang (西昌)Province du Sichuan1984Satellites de communication, système Beidou
Wenchang (文昌)Île de Hainan2016Station Tiangong, sondes lunaires et martiennes
Site commercial de HainanWenchang, île de Hainan2024Lanceurs commerciaux et nouvelles fusées réutilisables

Malgré son nom, le centre de Jiuquan ne se trouve pas dans la ville de Jiuquan (Gansu) mais à environ 200 kilomètres plus au nord, dans la région d’Ejin, en Mongolie-Intérieure.

Wenchang est le seul centre situé en bord de mer. Sa latitude basse, proche de l’équateur, permet d’emporter des charges plus lourdes, et ses fusées peuvent être acheminées par bateau, ce qui évite les limites de taille du transport ferroviaire.

Tiangong, la station spatiale chinoise

Une station à trois modules

La station Tiangong (天宫, « Palais céleste ») orbite à environ 400 kilomètres d’altitude. Son module central, Tianhe, a été lancé le 29 avril 2021. Les deux modules laboratoires, Wentian et Mengtian, l’ont rejoint en 2022.

Elle accueille en permanence trois astronautes, relevés environ tous les six mois par un vaisseau Shenzhou. Le ravitaillement est assuré par les cargos Tianzhou.

Le premier incident majeur en 2025

Le 5 novembre 2025, une fissure est découverte sur un hublot du vaisseau Shenzhou 20, amarré à la station. Elle est probablement due à l’impact d’un débris spatial, et le vaisseau est jugé inapte au retour.

L’équipage redescend sur Terre à bord de Shenzhou 21. Un vaisseau de secours, Shenzhou 22, est préparé en 16 jours et lancé sans équipage pour servir de « canot de sauvetage ». C’est la première urgence de ce type dans l’histoire du programme habité chinois.

Les équipages de 2026

L’équipage de Shenzhou 23, lancé le 24 mai 2026, compte Lai Ka-ying, première astronaute originaire de Hong Kong. L’agence a annoncé que l’un des membres de cette mission resterait environ un an à bord, deux fois plus longtemps qu’une rotation habituelle.

La Chine prévoit aussi d’accueillir son premier astronaute étranger, de nationalité pakistanaise, pour un court séjour à bord de la station.

fusee chinoise

L’exploration de la Lune

Le programme Chang’e

Le programme lunaire porte le nom de Chang’e (嫦娥), déesse de la Lune dans la mythologie chinoise, que l’on retrouve dans les légendes de la fête de la mi-automne. Il progresse par étapes : orbiter, se poser, puis rapporter des échantillons.

  • Chang’e 4 (janvier 2019) : premier atterrissage en douceur sur la face cachée de la Lune.
  • Chang’e 5 (décembre 2020) : retour de 1 731 grammes d’échantillons lunaires, une première depuis 1976.
  • Chang’e 6 (juin 2024) : retour de 1 935 grammes d’échantillons de la face cachée, une première mondiale.

Chang’e 7 reporté

La mission suivante, Chang’e 7, doit explorer le pôle Sud de la Lune et y rechercher de la glace d’eau. Elle comprend un orbiteur, un atterrisseur, un rover et une petite sonde capable de faire des bonds.

Son lancement était prévu fin août 2026 depuis Wenchang. Le 23 août 2026, les autorités chinoises ont annoncé que la sonde « ne remplit pas les conditions de lancement » et qu’elle ne partirait pas pendant la fenêtre prévue cette année. Aucune nouvelle date n’avait été communiquée à cette occasion.

Objectif : un Chinois sur la Lune avant 2030

La Chine vise un alunissage habité avant 2030. Le programme repose sur trois éléments nouveaux : la fusée Longue Marche 10, le vaisseau Mengzhou (梦舟, « Vaisseau du rêve ») et l’atterrisseur lunaire Lanyue (揽月, « Embrasser la Lune »).

Plusieurs essais ont eu lieu : test de la capsule Mengzhou en conditions d’interruption de vol en février 2026, essais au sol de l’atterrisseur en 2025. Un premier vol orbital de Mengzhou est annoncé pour la fin 2026.

À plus long terme, la Chine et la Russie portent le projet de Station internationale de recherche lunaire (ILRS), une base robotisée puis habitée au pôle Sud, prévue pour les années 2030.

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Mars, astéroïdes et espace lointain

Tianwen-1 et le rover Zhurong

Le programme d’exploration planétaire s’appelle Tianwen (天问, « Questions au ciel »), d’après un long poème du poète antique Qu Yuan.

La mission Tianwen-1 a posé le rover Zhurong sur Mars le 15 mai 2021. La Chine est devenue le deuxième pays, après les États-Unis, à faire rouler un engin à la surface de la planète rouge.

Tianwen-2, chasseur d’astéroïde

Lancée le 29 mai 2025, la sonde Tianwen-2 a rejoint en juillet 2026 l’astéroïde Kamoʻoalewa, un petit corps qui accompagne la Terre dans son orbite autour du Soleil. Certains scientifiques pensent qu’il pourrait s’agir d’un fragment de la Lune.

La sonde doit prélever des échantillons, repartir en 2027 et larguer sa capsule de retour dans le désert de Gobi en novembre 2027. Elle poursuivra ensuite sa route vers une comète de la ceinture principale, qu’elle doit atteindre en 2035.

Les prochaines étapes

Deux autres missions sont annoncées : Tianwen-3, qui doit rapporter des échantillons martiens, avec un lancement prévu vers 2028, et Tianwen-4, destinée au système de Jupiter.

L’essor du spatial commercial en Chine

La course aux fusées réutilisables

Réutiliser le premier étage d’une fusée est devenu la priorité du secteur, sur le modèle de SpaceX. En 2026, la Chine a franchi deux étapes importantes.

Le 10 juillet 2026, la Longue Marche 10B, version commerciale du nouveau lanceur lunaire, a réussi son premier vol. Son premier étage a été récupéré en mer, capturé par des câbles sur une plateforme flottante.

Le 19 août 2026, la fusée Zhuque-3 de LandSpace a posé son premier étage sur ses pieds d’atterrissage, dans la province du Gansu. LandSpace devient ainsi la première entreprise privée chinoise à récupérer un étage de classe orbitale.

Les mégaconstellations

Pour concurrencer Starlink, la Chine déploie deux réseaux de satellites d’internet en orbite basse. Guowang (国网), porté par l’État, et Qianfan (千帆, « Mille voiles »), soutenu par la ville de Shanghai, prévoient chacun plus de 10 000 satellites.

En 2025, Guowang a fait l’objet à lui seul de 15 lancements. Ces constellations expliquent en grande partie la hausse rapide du nombre de lancements chinois.

Beidou, le GPS chinois

Le système de navigation Beidou (北斗, « Grande Ourse ») offre une couverture mondiale depuis 2020. Il équipe aujourd’hui la plupart des smartphones vendus en Chine et sert aussi aux transports, à l’agriculture et à la défense.

Ces filières technologiques sont souvent développées dans les grands pôles industriels du sud, comme Shenzhen, ville futuriste de l’électronique et de la robotique.

Les grandes dates de l’industrie spatiale chinoise

AnnéeÉvénement
1956Création de la Cinquième Académie, sous la direction de Qian Xuesen
1970Lancement de Dong Fang Hong 1, premier satellite chinois
1993Création de l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA)
2003Yang Liwei, premier astronaute chinois, à bord de Shenzhou 5
2019Chang’e 4, premier atterrissage sur la face cachée de la Lune
2020Beidou devient un système mondial ; Chang’e 5 rapporte des échantillons lunaires
2021Le rover Zhurong se pose sur Mars ; lancement du module central de Tiangong
2022Achèvement de la station Tiangong
2024Chang’e 6 rapporte des échantillons de la face cachée
2025Record de 92 lancements ; départ de Tianwen-2 vers un astéroïde
2026Premières récupérations de premiers étages ; première astronaute de Hong Kong
Avant 2030Objectif d’un premier alunissage habité chinois

Ces programmes s’inscrivent dans les plans quinquennaux, qui fixent les grandes priorités économiques et technologiques du pays pour cinq ans.

Où découvrir l’espace chinois en voyage

Assister à un lancement à Wenchang

Wenchang est le seul centre de lancement chinois que l’on peut observer facilement en voyage. Les autorités locales ont aménagé plusieurs zones d’observation en bord de mer, notamment autour de la baie de Qishui et de la ville de Longlou.

Les grands lancements attirent beaucoup de monde. Lors du premier tir depuis Wenchang, en juin 2016, environ 150 000 spectateurs avaient fait le déplacement selon la presse locale. Les hôtels proches affichent souvent complet plusieurs semaines à l’avance.

Wenchang se trouve sur la côte est de l’île de Hainan, à environ une heure de route de Haikou. Les dates de lancement ne sont généralement confirmées que quelques jours avant le tir.

Le musée d’astronomie de Shanghai

Ouvert en 2021 dans le district de Pudong, le musée d’astronomie de Shanghai est rattaché au musée des Sciences et Technologies de la ville. Il présente l’histoire de l’astronomie, l’exploration spatiale et dispose d’un grand planétarium.

Le musée de l’espace de Hong Kong

Situé à Tsim Sha Tsui, face à la baie de Victoria, le Hong Kong Space Museum se reconnaît à son dôme blanc. Il propose des expositions sur l’astronomie et la conquête spatiale, ainsi que des projections dans son planétarium.

Questions fréquentes sur l’industrie spatiale chinoise

Quand la Chine a-t-elle lancé son premier satellite ?
Le 24 avril 1970, avec Dong Fang Hong 1. La Chine est devenue le cinquième pays à placer un satellite en orbite par ses propres moyens, après l’URSS, les États-Unis, la France et le Japon.
Combien de lancements la Chine réalise-t-elle par an ?
En 2025, la Chine a réalisé 92 lancements orbitaux, un record national selon la CNSA. Elle se classe deuxième au monde, derrière les États-Unis.
La Chine a-t-elle sa propre station spatiale ?
Oui. La station Tiangong, achevée en 2022, est occupée en permanence par trois astronautes chinois. Elle orbite à environ 400 kilomètres d’altitude.
Quand la Chine veut-elle envoyer des astronautes sur la Lune ?
L’objectif officiel est un premier alunissage habité avant 2030, avec la fusée Longue Marche 10, le vaisseau Mengzhou et l’atterrisseur Lanyue.
Qu’est-ce que la CNSA ?
L’Administration spatiale nationale chinoise, créée en 1993. Elle coordonne les programmes spatiaux civils et la coopération internationale. Les vols habités dépendent d’une autre agence, la CMSA.
Peut-on assister à un lancement de fusée en Chine ?
Oui, à Wenchang, sur l’île de Hainan. Des zones d’observation sont ouvertes au public en bord de mer lors des lancements. Il faut réserver son hébergement tôt, car les dates sont annoncées tardivement.

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