ONU CHINE

La Chine et l’ONU : influence et droit de veto

Dernière modification le 27/10/2026
5
(15)

📌 En résumé

  • Un siège permanent : la Chine est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni. C’est ce statut qui lui donne le droit de veto.
  • Depuis 1971 : la République populaire de Chine occupe ce siège depuis la résolution 2758, qui l’a attribué à Pékin à la place de Taïwan.
  • Un veto rare : 23 vetos chinois au total en octobre 2026, contre 94 pour les États-Unis et 155 pour l’URSS puis la Russie à fin 2025.
  • Mais de plus en plus fréquent : la grande majorité de ces vetos datent d’après 1997, et presque tous les récents ont été émis avec la Russie (Syrie, Corée du Nord, Gaza, Iran).
  • Le deuxième financeur : la Chine paie environ 20 % du budget ordinaire de l’ONU et près de 24 % du budget des opérations de paix, juste derrière les États-Unis.
  • Le premier fournisseur de Casques bleus parmi les cinq membres permanents.
  • Une influence débattue : Pékin se présente comme le défenseur de la souveraineté des États et des pays du Sud ; ses critiques lui reprochent de protéger des régimes alliés.

Quand on pense à la Chine sur la scène internationale, on pense souvent à son poids économique, à ses Nouvelles routes de la soie ou à sa rivalité avec les États-Unis. On pense moins à l’endroit où ce poids se traduit en vote : le siège new-yorkais des Nations unies.

Pourtant, c’est là que la Chine dispose de son arme diplomatique la plus directe. Avec quatre autres pays seulement, elle peut bloquer à elle seule une décision du Conseil de sécurité. Dans cet article, tu vas comprendre comment la Chine utilise l’ONU et son droit de veto, pourquoi elle s’en sert de plus en plus, et ce que cela dit de sa place dans le monde.

Comment la Chine est devenue membre permanent de l’ONU ?

La Chine fait partie des membres fondateurs de l’ONU en 1945. Mais la Chine qui siège alors n’est pas celle d’aujourd’hui : c’est la République de Chine de Tchang Kaï-chek, l’un des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. À ce titre, elle obtient un siège permanent au Conseil de sécurité, comme les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni et la France.

En 1949, les communistes de Mao Zedong prennent le pouvoir sur le continent et proclament la République populaire de Chine. Le gouvernement de Tchang Kaï-chek se replie à Taïwan, mais garde le siège chinois à l’ONU. Pendant plus de vingt ans, c’est donc une île de quelques millions d’habitants qui représente officiellement la Chine aux Nations unies.

Tout change le 25 octobre 1971. L’Assemblée générale adopte la résolution 2758 par 76 voix contre 35 et 17 abstentions. Elle reconnaît les représentants de la République populaire comme les seuls représentants légitimes de la Chine et expulse ceux de Tchang Kaï-chek. Pékin récupère le siège, et avec lui le droit de veto.

RepèreLa Chine à l’ONU
StatutMembre fondateur (1945), membre permanent du Conseil de sécurité
Siège actuelRépublique populaire de Chine depuis le 25 octobre 1971 (résolution 2758)
Vetos23 au total, dont 1 émis par la République de Chine en 1955
Budget ordinaireEnviron 20 %, deuxième contributeur derrière les États-Unis (22 %)
Opérations de paixPrès de 24 % du budget, deuxième contributeur
Casques bleusPremier contributeur parmi les cinq membres permanents, depuis 1990

Le droit de veto, comment ça marche ?

Le Conseil de sécurité compte 15 membres : 5 permanents et 10 élus pour deux ans. C’est le seul organe de l’ONU dont les décisions s’imposent à tous les États : sanctions, missions de paix, autorisation de recourir à la force.

Pour qu’une résolution soit adoptée, il faut au moins 9 voix favorables, et qu’aucun membre permanent ne vote contre. C’est l’article 27 de la Charte des Nations unies. Un seul « non » de la Chine, de la Russie, des États-Unis, de la France ou du Royaume-Uni suffit donc à faire tomber un texte, même s’il a recueilli les 14 autres voix.

Un point est souvent mal compris : s’abstenir n’est pas mettre son veto. Si un membre permanent s’abstient, le texte peut quand même passer. Cette nuance est essentielle pour comprendre la stratégie chinoise, comme tu vas le voir plus bas.

Depuis 2022, chaque veto doit aussi être justifié : l’Assemblée générale se réunit automatiquement dans les dix jours ouvrables pour en débattre. Cela ne change rien au blocage, mais cela oblige le pays qui a dit non à s’expliquer devant les 193 États membres.

Les vetos chinois : une arme rare, mais de plus en plus utilisée

Comparée aux autres grandes puissances, la Chine a longtemps été très économe de son veto. À fin 2025, on en comptait 155 pour l’URSS puis la Russie, 94 pour les États-Unis, 30 pour le Royaume-Uni, 21 pour la Chine et 18 pour la France, selon le décompte du Security Council Report.

Le premier veto chinois n’est d’ailleurs pas celui de Pékin. Il a été émis en 1955 par la République de Chine, pour bloquer l’admission de la Mongolie. Le premier veto de la République populaire date de 1972 : il visait l’entrée du Bangladesh, que Pékin refusait alors de reconnaître, en soutien à son allié pakistanais.

Ce qui a changé, c’est le rythme. La Chine a émis l’essentiel de ses vetos après 1997, et surtout après 2011 avec la guerre en Syrie. Sur les 18 projets de résolution sur la Syrie bloqués depuis 2011, la Russie a mis son veto à tous ; la Chine l’a rejointe 10 fois.

Autre évolution marquante : la Chine ne vote presque plus jamais seule. Ses premiers vetos étaient des décisions isolées. Depuis 2007, la quasi-totalité ont été émis en tandem avec la Russie. En 2026, les deux pays ont encore bloqué ensemble deux textes : le 7 avril, une résolution sur la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz, puis le 17 septembre, la prolongation du groupe d’experts chargé de surveiller les sanctions contre l’Iran. Dans les deux cas, 11 des 15 membres du Conseil avaient voté pour.

AnnéeSujet bloquéSeule ou avec la Russie
1955Admission de la Mongolie (veto de la République de Chine)Seule
1972Admission du BangladeshSeule
1997Observateurs de l’ONU au GuatemalaSeule
1999Prolongation de la mission de paix en MacédoineSeule
2007-2008Birmanie, puis ZimbabweAvec la Russie
2011-2019Guerre en Syrie (10 vetos)Avec la Russie
2019Crise au VenezuelaAvec la Russie
2022Nouvelles sanctions contre la Corée du NordAvec la Russie
2023-2024Projets américains sur la guerre à GazaAvec la Russie
2026Détroit d’Ormuz (avril), sanctions contre l’Iran (septembre)Avec la Russie

Ce tableau n’est pas exhaustif, mais il montre la logique. Les vetos chinois portent presque toujours sur deux types de sujets : ceux qui touchent à Taïwan, et ceux où Pékin estime que le Conseil s’ingère dans les affaires intérieures d’un État souverain.

L’abstention, l’arme préférée de Pékin

Si la Chine utilise peu son veto, c’est aussi parce qu’elle dispose d’un outil plus discret : l’abstention. Elle lui permet de marquer son désaccord sans porter seule la responsabilité d’un blocage, et sans se retrouver isolée face à une large majorité.

L’exemple le plus célèbre est la Libye en mars 2011. La résolution 1973, qui autorise une zone d’exclusion aérienne, passe avec 10 voix pour et 5 abstentions, dont celles de la Chine et de la Russie. Pékin aurait pu la bloquer. Il ne l’a pas fait, mais a ensuite reproché à l’OTAN d’avoir dépassé le mandat en contribuant à renverser Kadhafi.

Cet épisode a durablement marqué la diplomatie chinoise. Beaucoup d’analystes y voient l’une des raisons pour lesquelles la Chine s’est montrée beaucoup plus ferme sur la Syrie quelques mois plus tard : pour elle, la Libye a montré qu’une résolution humanitaire pouvait servir de point d’appui à un changement de régime.

Taïwan, la ligne rouge de la Chine à l’ONU

S’il y a un sujet sur lequel Pékin n’a jamais transigé, c’est Taïwan. Deux de ses vetos des années 1990 le montrent clairement. En 1997, la Chine bloque l’envoi d’observateurs de l’ONU au Guatemala, qui reconnaissait alors Taïwan. En 1999, elle refuse de prolonger la mission de paix en Macédoine, quelques semaines après que Skopje a établi des relations diplomatiques avec Taipei.

Le débat porte aujourd’hui sur l’interprétation de la résolution 2758. Pour Pékin, elle règle définitivement la question : il n’y a qu’une seule Chine, dont Taïwan fait partie. Pour Taipei, et pour plusieurs pays dont les États-Unis, le texte tranche seulement la question de la représentation de la Chine à l’ONU, sans se prononcer sur le statut de Taïwan ni lui interdire de participer aux agences onusiennes.

Dans les faits, Taïwan reste exclue de l’ONU et de ses agences, y compris comme observatrice à l’Organisation mondiale de la santé. Si tu veux aller plus loin sur la manière dont Pékin défend ses positions dans sa région, lis mon article sur la politique étrangère de la Chine en Asie du Sud-Est.

Tu cherches un hôtel en Chine ?

Profite des meilleurs prix et du plus grand choix d’hôtels ! En Chine, c’est sur Trip.com que tu auras les meilleurs tarifs !

Réserve ton hôtel

Au-delà du veto : l’argent, les casques bleus et les postes clés

Le veto est l’outil le plus visible, mais l’influence chinoise à l’ONU passe surtout par trois leviers plus discrets, qui ont tous progressé en vingt ans.

Le deuxième financeur de l’organisation

Au début des années 2000, la Chine payait moins de 1 % du budget ordinaire de l’ONU. Elle en finance aujourd’hui environ 20 %, juste derrière les États-Unis, plafonnés à 22 %. Sur le budget des opérations de maintien de la paix, sa quote-part atteint près de 24 %.

Ce poids financier compte d’autant plus que Washington a pris du retard dans ses paiements et annoncé des coupes. Pékin ne manque pas de le rappeler en séance, en se présentant comme un contributeur fiable face à un partenaire américain qui conditionne son soutien.

Des Casques bleus sur le terrain

La Chine envoie ses premiers observateurs militaires en 1990, cinq officiers au Moyen-Orient. Depuis, plus de 50 000 militaires chinois ont servi dans des missions de l’ONU, principalement en Afrique : Soudan du Sud, Mali, Liban ou République démocratique du Congo.

C’est aujourd’hui le premier contributeur de Casques bleus parmi les cinq membres permanents, loin devant les États-Unis ou la France. Pékin a aussi mis en réserve une force d’environ 8 000 soldats mobilisable pour l’ONU. À l’échelle mondiale, elle reste toutefois derrière de grands contributeurs comme le Bangladesh, le Népal ou l’Inde.

Des postes et des idées

La Chine a aussi poussé ses candidats à la tête d’agences spécialisées. Le Chinois Qu Dongyu dirige ainsi l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) depuis 2019. Ces postes donnent du poids dans la définition des normes techniques et des priorités de financement.

Enfin, Pékin propose ses propres cadres d’action, qu’il présente comme complémentaires de l’ONU. Après l’Initiative pour le développement mondial, celle pour la sécurité mondiale et celle pour la civilisation mondiale, Xi Jinping a lancé en septembre 2025, à Tianjin, une Initiative pour la gouvernance mondiale, qui appelle à renforcer le rôle central des Nations unies.

💡 Le savais-tu ? Le Bangladesh, dont la Chine avait bloqué l’entrée en 1972 avec son tout premier veto, a finalement été admis à l’ONU deux ans plus tard, en septembre 1974, une fois que Pékin a levé son opposition. Un veto peut retarder une décision pendant des années, sans forcément l’empêcher pour toujours.

Une influence contestée : critiques et réponses de Pékin

Le rôle de la Chine à l’ONU fait l’objet de deux lectures très différentes, et il est utile de connaître les deux.

Ce que lui reprochent ses critiques. Les pays occidentaux et de nombreuses ONG estiment que la Chine utilise son siège pour protéger des gouvernements alliés, de Damas à Téhéran, et pour éviter tout examen de sa propre situation. En octobre 2022, par exemple, le Conseil des droits de l’homme a rejeté par 19 voix contre 17 un simple débat sur le rapport du Haut-Commissariat consacré au Xinjiang, après une intense campagne diplomatique de Pékin.

Ce que répond Pékin. La Chine se présente comme le défenseur de la souveraineté des États et du principe de non-ingérence, inscrits dans la Charte. Elle rappelle que les États-Unis ont utilisé leur veto quatre fois plus souvent qu’elle, en grande partie sur le conflit israélo-palestinien, et se pose en porte-voix des pays du Sud face à un ordre international qu’elle juge dominé par l’Occident.

Ces deux lectures ne s’excluent pas forcément. La Chine est à la fois un pilier financier et militaire de l’ONU, et un acteur qui veille à ce que l’organisation ne se retourne jamais contre ses intérêts. C’est ce que montre aussi sa stratégie d’influence plus large, que je détaille dans mon article sur le soft power chinois.

La Chine et la réforme du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité reflète encore le monde de 1945 : aucun pays d’Afrique ou d’Amérique latine n’y siège en permanence. Presque tout le monde s’accorde sur la nécessité d’une réforme, mais personne ne s’entend sur son contenu.

La position chinoise est double. Pékin soutient une meilleure représentation des pays en développement, en particulier de l’Afrique. Mais il s’oppose à l’entrée du Japon comme membre permanent, et se montre très réservé sur l’octroi de nouveaux sièges permanents en général. Comme les quatre autres membres permanents, il n’envisage pas non plus de renoncer à son propre droit de veto.

Toute modification de la Charte doit d’ailleurs être ratifiée par les cinq membres permanents. Autrement dit, la Chine dispose aussi d’un veto sur la réforme du veto. C’est la principale raison pour laquelle ce débat, ouvert depuis les années 1990, n’a jamais abouti.

FAQ : la Chine et l’ONU

La Chine a-t-elle le droit de veto à l’ONU ?
Oui. Elle est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec les États-Unis, la Russie, la France et le Royaume-Uni. Chacun peut bloquer seul l’adoption d’une résolution.
Combien de fois la Chine a-t-elle utilisé son veto ?
23 fois en octobre 2026, dont une seule par la République de Chine en 1955, avant que Pékin récupère le siège. C’est bien moins que les États-Unis ou la Russie, mais la fréquence a nettement augmenté depuis la fin des années 1990.
Depuis quand la Chine de Pékin siège-t-elle à l’ONU ?
Depuis le 25 octobre 1971 et la résolution 2758 de l’Assemblée générale. Avant cette date, c’est la République de Chine, repliée à Taïwan, qui occupait le siège chinois.
Pourquoi la Chine vote-t-elle souvent avec la Russie ?
Les deux pays partagent une même lecture de la souveraineté et rejettent les résolutions qu’ils jugent ingérentes, sur la Syrie, la Corée du Nord ou l’Iran. Voter ensemble leur évite aussi d’apparaître isolés. Ils ne sont pas pour autant toujours alignés : la Chine s’est parfois abstenue là où la Russie mettait son veto.
Quelle part du budget de l’ONU la Chine paie-t-elle ?
Environ 20 % du budget ordinaire et près de 24 % du budget des opérations de paix. Elle est le deuxième contributeur, juste derrière les États-Unis.

Pour comprendre comment ces décisions sont prises à Pékin, avant d’être défendues à New York, va lire mon article sur le système politique chinois expliqué simplement, ou le portrait de Xi Jinping. Et si tu t’intéresses aux alliances qui se construisent en dehors de l’ONU, l’article sur les BRICS+ et la Chine complète bien celui-ci.

Tu as aimé cette ressource ? Laisse-nous une petite note 🙂

Clique sur une étoile pour laisser ta note !

Note Moyenne 5 / 5. Nombre de votes : 15

Pas encore de vote

Partager cet article :XLinkedInFacebook

Publications similaires