Les Plans Quinquennaux en Chine
Dernière modification le 22/12/2025
En Occident, on dit souvent que les politiques pensent à la prochaine élection, tandis que les hommes d’État pensent à la prochaine génération. En Chine, le Parti Communiste (PCC) a institutionnalisé cette vision avec un outil hérité de l’époque soviétique mais totalement modernisé : le Plan Quinquennal.
C’est la feuille de route absolue. Ce document ne se contente pas de faire des prévisions ; il fixe des objectifs pour tout le pays, des banques aux universités, en passant par les gouvernements locaux.
Comment la Chine dessine-t-elle son futur ? Et que nous dit la réunion cruciale d’octobre dernier sur la direction que prendra le pays jusqu’en 2030 ? Décryptage.
La Mécanique : Comment ça marche ?
Un Plan Quinquennal (FYP – Five-Year Plan) n’est pas écrit sur un coin de table par le Président. C’est un processus titanesque qui dure environ deux ans.
- La Phase de Recherche : Des milliers de think-tanks, d’universitaires et de cadres locaux remontent des données et des propositions à Pékin.
- Le « Plenum » d’Octobre : C’est l’étape clé (celle du 20-23 octobre). Le Comité Central du PCC (l’élite du pouvoir) se réunit à huis clos pour valider les « Propositions » et la philosophie générale du plan.
- La Ratification (Mars suivant) : Le plan détaillé est officiellement voté par l’Assemblée Nationale Populaire.
Une fois voté, c’est la loi. Les fonctionnaires locaux sont évalués (et promus) selon leur capacité à atteindre les objectifs fixés (ex: croissance du PIB, réduction de la pollution, nombre de brevets).
Le Tournant d’Octobre : Ce que le Parti a décidé
La réunion du Comité Central qui s’est tenue du 20 au 23 octobre 2025 a posé les bases de la stratégie pour la fin de la décennie. Si l’on analyse le communiqué officiel, trois mots d’ordre se dégagent, marquant une rupture avec l’ère de la « croissance à tout prix ».
1. Sécurité et autosuffisance avant tout
C’est la grande leçon des tensions géopolitiques récentes. Le plan met l’accent sur la sécurité nationale globale.
- Technologie : L’objectif n°1 est de briser les « goulots d’étranglement » (dépendance aux puces américaines, aux logiciels occidentaux).
- Continuité : Cette obsession pour l’autonomie technologique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans la droite ligne du plan Made in China 2025 lancé dix ans plus tôt. Si le nom a changé pour se faire plus discret à l’international, l’objectif reste identique : ne plus dépendre de l’Occident pour les technologies critiques.
2. De la « haute vitesse » à la « haute qualité »
C’est le mantra de Xi Jinping. L’époque des taux de croissance à deux chiffres (10%) est révolue et assumée. Le Parti vise désormais un « Développement de Haute Qualité ».
Concrètement, cela signifie accepter une croissance plus lente (autour de 4-5%), mais plus saine : moins de spéculation immobilière, moins de dettes, et surtout, moins de pollution.
3. Les « nouvelles forces productives »
C’est le nouveau terme à la mode dans la rhétorique du Parti. Il désigne les secteurs d’avenir qui doivent remplacer l’immobilier et le textile comme moteurs de l’économie :
- L’intelligence artificielle (IA).
- La bio-fabrication.
- L’économie de basse altitude (drones, taxis volants).
- L’informatique quantique.
Le concept de la « double circulation »
Pour comprendre la logique économique actuelle de ces plans, il faut saisir le concept de la « Double Circulation », réaffirmé lors de cette réunion.
- Circulation interne (Le moteur principal de croissance) : La Chine veut que sa consommation intérieure devienne le moteur principal de son économie. En clair : les usines chinoises doivent fabriquer pour les consommateurs chinois, afin de moins dépendre des caprices des marchés européens ou américains.
- Circulation externe (Le moteur secondaire de croissance) : Le commerce international reste important, mais il ne doit plus être une question de survie. Il sert à acquérir des ressources et des technologies.
Objectifs 2035 : La vision à long terme
Les plans quinquennaux ne sont que des étapes. Ils s’inscrivent dans une « Vision 2035 » beaucoup plus large. D’ici 2035, l’objectif officiel du Parti est de faire de la Chine un « pays socialiste moderne ».
Cela implique :
- Avoir doublé le PIB par habitant par rapport à 2020 (pour atteindre le niveau d’un pays développé moyen, comme l’Espagne ou la Corée du Sud).
- Avoir stabilisé les émissions de CO2 (le pic doit être atteint avant 2030).
- Disposer d’une armée « de classe mondiale ».
L’efficacité et ses limites
Le système des plans quinquennaux offre à la Chine un avantage indéniable : la visibilité. Quand Pékin dit « On mise sur le solaire », toutes les banques prêtent au solaire, toutes les facs ouvrent des cursus d’ingénieurs solaires, et en 5 ans, la Chine domine le marché mondial.
Cependant, la réunion d’octobre a aussi laissé transparaître les défis immenses que le plan doit résoudre : une démographie déclinante (la population baisse), un chômage des jeunes persistant et une dette locale massive. Le plan est tracé, mais la route sera sinueuse.







