chine industrie

« Made in China 2025 » : L’ambition de devenir une superpuissance technologique

5
(7)

Dernière modification le 22/12/2025

Pendant des décennies, l’étiquette « Made in China » a été synonyme de jouets en plastique, de vêtements bon marché et d’électronique d’entrée de gamme. Mais si vous observez les marchés aujourd’hui — des véhicules électriques aux smartphones 5G en passant par les panneaux solaires — la réalité a changé.

Ce changement n’est pas accidentel. Il est le résultat d’une stratégie d’État méticuleuse lancée en 2015 : le plan « Made in China 2025 » (Zhongguo Zhizao 2025). Au-delà des slogans, ce plan vise à transformer l’économie chinoise pour lui faire éviter le « piège du revenu intermédiaire » et la placer en tête de la course technologique mondiale.

Décryptage d’un plan qui a redessiné les équilibres économiques mondiaux.

Pourquoi ce plan était-il nécessaire ?

Pour comprendre « Made in China 2025 », il faut regarder la situation de la Chine au début des années 2010. Le modèle économique qui a fait le succès du pays (main-d’œuvre abondante et bon marché, exportations massives de produits à faible valeur ajoutée) s’essoufflait.

Deux problèmes majeurs se posaient à Pékin :

  1. La hausse des coûts du travail : Avec le développement de la classe moyenne, les salaires chinois augmentaient. Les usines « low cost » commençaient à délocaliser vers le Vietnam ou l’Inde.
  2. Le vieillissement démographique : La main-d’œuvre diminuait, rendant l’automatisation indispensable.

Inspiré du concept allemand « Industrie 4.0 », le Premier ministre de l’époque, Li Keqiang, dévoile ce plan en mai 2015. L’objectif est clair : monter en gamme. La Chine ne veut plus seulement assembler les iPhone, elle veut concevoir les technologies qui les composent.

Les 10 secteurs stratégiques prioritaires

Le Conseil des Affaires d’État a identifié 10 industries clés où la Chine doit devenir leader ou autosuffisante. L’objectif officiel était d’atteindre 70% d’autosuffisance sur les composants de base de ces secteurs d’ici 2025 (réduisant ainsi la dépendance aux technologies américaines, japonaises ou allemandes).

Voici les 10 piliers du plan :

  1. Technologies de l’information de nouvelle génération : Semi-conducteurs, 5G, Intelligence Artificielle.
  2. Machines-outils et robotique de pointe : Pour automatiser les usines chinoises.
  3. Aérospatiale et aéronautique : Symbolisé par l’avion C919 (concurrent de l’Airbus A320).
  4. Génie océanique et navires de haute technologie : Plateformes pétrolières, porte-avions.
  5. Équipements ferroviaires avancés : TGV et maglevs (trains à sustentation magnétique).
  6. Véhicules à énergie nouvelle (NEV) : Voitures électriques et batteries.
  7. Équipements électriques : Réseaux intelligents (Smart Grids) et énergies renouvelables.
  8. Machinisme agricole : Pour moderniser l’agriculture rurale.
  9. Nouveaux matériaux : Terres rares, supraconducteurs, nanomatériaux.
  10. Biomédecine et dispositifs médicaux : Pharmacie de pointe et équipements hospitaliers.

👉 À lire également : Shenzhen, la Silicon Valley Chinoise

La Méthode : Comment l’État pilote l’industrie chinoise ?

Contrairement aux économies libérales où le marché décide des vainqueurs, le modèle chinois repose sur un « Capitalisme d’État ». Pour soutenir « Made In China 2025 », Pékin a déployé un arsenal financier et réglementaire massif :

  • Subventions directes et prêts bonifiés : Les entreprises d’État et certaines entreprises privées stratégiques (comme Huawei ou BYD) ont bénéficié de financements massifs pour leur R&D (Recherche et Développement).
  • Fonds d’orientation gouvernementaux : L’État a créé des fonds d’investissement gigantesques (comme le « Big Fund » pour les semi-conducteurs) pour investir dans les startups technologiques.
  • Protection du marché intérieur : Dans certains secteurs (comme internet ou les batteries électriques à une époque), les concurrents étrangers ont été contraints de former des coentreprises (Joint-Ventures) avec transfert de technologie, ou ont vu leur accès limité.
byd usine

Bilan actuel : Succès éclatants et échecs notables

Nous sommes proches de l’échéance de 2025. Le plan a-t-il fonctionné ? La réponse est nuancée.

✅ Les réussites (Là où la Chine domine)

  • Les Véhicules Électriques (EV) : C’est le triomphe absolu du plan. La Chine contrôle aujourd’hui environ 70% de la chaîne de production mondiale de batteries et domine le marché des voitures électriques.
  • Les énergies vertes : La Chine est leader incontesté dans la production de panneaux solaires et d’éoliennes.
  • Les infrastructures : Le réseau 5G chinois est le plus étendu au monde, et le savoir-faire ferroviaire s’exporte désormais.

❌ Les difficultés (Là où la dépendance persiste)

  • Les semi-conducteurs (Puces) : C’est le talon d’Achille. Malgré des milliards investis, la Chine reste dépendante des machines de lithographie occidentales (ASML, technologies américaines) pour les puces les plus avancées, surtout suite aux sanctions américaines. L’objectif de 70% d’autonomie est loin d’être atteint dans ce secteur précis.
  • L’aéronautique civile : Si l’avion C919 vole, ses moteurs et son avionique restent largement fournis par des entreprises occidentales (GE, Safran).

👉 À lire également : Les plans quinquennaux en Chine

La réaction internationale : Le revers de la médaille

Le succès et l’ambition affichée de « Made in China 2025 » ont agi comme un réveil brutal pour les nations occidentales.

Dès 2017-2018, les États-Unis et l’Union Européenne ont commencé à voir ce plan non plus comme une opportunité de marché, mais comme une menace pour leur propre souveraineté industrielle.

  • Guerre commerciale : L’administration Trump, puis Biden, a cité explicitement MIC 2025 pour justifier les tarifs douaniers et les restrictions technologiques (notamment contre Huawei).
  • Changement de rhétorique : Face à cette hostilité croissante, le gouvernement chinois a cessé de mentionner publiquement « Made in China 2025 » dans ses discours officiels depuis 2019. Cependant, les experts s’accordent à dire que si le nom a disparu, la politique, elle, reste exactement la même sous de nouveaux concepts comme la « Double Circulation » ou les « Nouvelles Forces Productives de Qualité ».

Pour conclure

« Made in China 2025 » a indéniablement transformé l’économie chinoise, la faisant passer du statut d’atelier du monde à celui de laboratoire technologique. Si l’autonomie totale n’est pas atteinte, la Chine a réussi à sécuriser des positions dominantes dans les industries du futur (batteries, vert, numérique).

Pour le reste du monde, ce plan a marqué la fin de l’ingénuité : la concurrence technologique est désormais le cœur de la géopolitique du XXIe siècle.

Tu as aimé cette ressource ? Laisse-nous une petite note 🙂

Clique sur une étoile pour laisser ta note !

Note Moyenne 5 / 5. Nombre de votes : 7

Pas encore de vote 🙁

Partager cet article : X LinkedIn Facebook

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *