La Chine et le changement climatique : engagements et réalités
Quand on parle de climat, tous les regards finissent par se tourner vers Pékin. La Chine est à la fois le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète et le pays qui installe le plus de panneaux solaires et d’éoliennes au monde.
📌 En résumé
- Le poids de la Chine : près d’un tiers des émissions mondiales de CO2, mais 8,7 tonnes par habitant et environ 15 % des émissions cumulées depuis 1750.
- Les engagements : pic des émissions avant 2030, neutralité carbone avant 2060, et pour la première fois une baisse de 7 à 10 % sous le pic d’ici 2035.
- La réalité encourageante : des émissions stables ou en légère baisse depuis mars 2024, un record de solaire et d’éolien, et une voiture neuve sur deux électrique ou hybride rechargeable.
- La réalité qui fâche : 78 GW de centrales à charbon mises en service en 2025, un record depuis dix ans, et un plan 2026-2030 sans plafond d’émissions.
- Pour ton voyage : étés de plus en plus chauds et pluies extrêmes, à anticiper en juillet et en août.
Ce paradoxe rend le sujet passionnant, et souvent mal compris. On entend tout et son contraire : la Chine serait le « mauvais élève » du climat, ou au contraire le futur champion de la transition énergétique.
Dans cet article, je te propose de faire le tri sur la Chine et le changement climatique : ce que Pékin a promis, ce que montrent vraiment les chiffres en 2026, et ce que ça change concrètement quand tu voyages dans le pays.
Pourquoi la Chine pèse autant dans le climat mondial
Commençons par les ordres de grandeur. La Chine émet à elle seule près d’un tiers du CO2 d’origine fossile rejeté chaque année dans le monde, loin devant les États-Unis et l’Inde.
Ramené à sa population, le chiffre change d’allure. Un Chinois émet en moyenne 8,7 tonnes de CO2 par an, presque le double de la moyenne mondiale (4,7 tonnes), mais très loin des pays pétroliers du Golfe, où l’on dépasse les 40 tonnes.
Reste la question de la responsabilité historique. Depuis 1750, la Chine a émis environ 15 % du CO2 fossile cumulé de la planète, nettement moins que les États-Unis. C’est l’argument qu’avance Pékin dans les négociations pour rappeler que les pays industrialisés ont pollué bien plus tôt.
Cette position explique beaucoup de choses. La Chine se présente toujours comme un pays en développement, qui veut décarboner sans sacrifier sa croissance ni sa sécurité énergétique. Garde cette double contrainte en tête : elle traverse toute sa politique climatique.
Les engagements officiels, de 2020 à 2035
Le double objectif « 30-60 »
Tout commence en septembre 2020, à la tribune des Nations unies. Xi Jinping y annonce que la Chine atteindra son pic d’émissions de CO2 avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060.
En Chine, on parle du double objectif « 30-60 » (双碳). Il structure depuis toute la planification du pays, des provinces aux grandes entreprises publiques.
La feuille de route 2035 : une première baisse en valeur absolue
Le 24 septembre 2025, à quelques semaines de la COP30 de Belém, Xi Jinping a dévoilé la nouvelle contribution chinoise à l’accord de Paris. Elle a été officialisée le 3 novembre 2025.
Pour la première fois, la Chine s’engage sur une baisse en valeur absolue de ses émissions, et non plus seulement sur un ralentissement. Voici ce qu’elle promet pour 2035 :
- Réduire de 7 à 10 % ses émissions nettes de gaz à effet de serre par rapport à leur pic, en s’efforçant de faire mieux.
- Porter à plus de 30 % la part des énergies non fossiles dans sa consommation d’énergie.
- Atteindre 3 600 GW d’éolien et de solaire, soit six fois plus qu’en 2020.
- Faire des véhicules à énergies nouvelles la norme dans les ventes de voitures neuves.
- Étendre le marché national du carbone aux principaux secteurs très émetteurs.
- Augmenter le volume des forêts et bâtir une société « adaptée au climat ».
Détail important : le texte ne précise ni l’année ni le niveau du pic. Tout le calcul de la baisse dépend donc d’un point de départ qui reste flou.
Le 15e plan quinquennal (2026-2030)
Les grandes promesses se traduisent ensuite dans les plans quinquennaux, la vraie feuille de route du pays. Le 15e, adopté le 12 mars 2026, couvre les années 2026 à 2030.
Son objectif phare est une baisse de 17 % de l’intensité carbone, c’est-à-dire des émissions de CO2 par unité de PIB. Il vise aussi 25 % d’énergies non fossiles en 2030 et un pic de la consommation de charbon pendant la période.
Le plan présente 2026 comme la première année d’un basculement : la Chine ne pilotera plus seulement sa consommation d’énergie, mais aussi le volume de ses émissions. Il ne fixe pourtant aucun plafond contraignant sur les émissions totales.
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Réserve ton hôtelLes réalités sur le terrain
Des émissions qui plafonnent
C’est la grande nouvelle de ces deux dernières années. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), les émissions de CO2 chinoises sont stables ou en légère baisse depuis mars 2024.
En 2025, elles auraient reculé d’environ 0,3 %. C’est une première : la baisse intervient alors que la demande d’énergie continue d’augmenter.
L’année 2026 confirme ce plateau, sans encore marquer une vraie descente. Les émissions ont rebondi de 2 % au premier trimestre, puis baissé de 1 % au deuxième, portées cette fois par une chute de 9 % de la consommation de pétrole.
Cette chute s’explique à la fois par l’essor des voitures électriques et par la crise du détroit d’Ormuz, qui a fait flamber les prix du pétrole. Sur le premier semestre 2026, les émissions restent légèrement en hausse, mais toujours sous leur pic de 2023-2024.
Un boom solaire et éolien sans équivalent
Si les émissions plafonnent, c’est d’abord grâce aux renouvelables. En 2025, la Chine a installé 315 GW de solaire et 119 GW d’éolien en une seule année, un record absolu.
Pour te donner une idée, la seule capacité solaire chinoise atteint désormais 1 200 GW, et l’éolien 640 GW. Fin 2025, le solaire et l’éolien réunis ont dépassé pour la première fois les centrales thermiques en capacité installée.
Tu le verras en traversant le pays en train : d’immenses champs de panneaux couvrent les déserts du Nord-Ouest, et les éoliennes s’alignent sur les crêtes de Mongolie-Intérieure et du Hebei.
Le charbon, l’autre visage de la transition
Le revers de la médaille, c’est le charbon. En 2025, la Chine a mis en service 78 GW de nouvelles centrales à charbon, son plus haut niveau depuis dix ans, selon le CREA et Global Energy Monitor.
Et la machine ne ralentit pas : 83 GW de chantiers ont démarré en 2025, et les projets nouveaux ou relancés ont atteint un record de 161 GW.
Pourquoi construire autant de centrales à charbon tout en battant des records de solaire ? Pékin met en avant la sécurité d’approvisionnement, après les coupures d’électricité de 2021 et 2022. Les critiques y voient surtout le poids des intérêts locaux liés au charbon.
Nuance importante : ces centrales tournent de moins en moins. La part du charbon dans la production d’électricité a atteint un plus bas historique, autour de la moitié, car les renouvelables couvrent désormais l’essentiel de la hausse de la demande.
La révolution de la voiture électrique
C’est sans doute le changement le plus visible pour un voyageur. En septembre 2025, les véhicules à énergies nouvelles (100 % électriques et hybrides rechargeables) ont représenté près de la moitié des ventes de voitures neuves.
Le gouvernement visait 20 % pour 2025 : l’objectif a été largement dépassé. Dans des villes comme Shenzhen, les taxis et les bus électriques font depuis longtemps partie du décor.
Un marché carbone qui s’élargit
Lancé en 2021 pour les seules centrales électriques, le marché national du carbone s’est étendu en 2025 à l’acier, au ciment et à l’aluminium. Il couvre désormais environ 60 % des émissions du pays.
Jusqu’ici, il fonctionne surtout sur des quotas gratuits calculés selon l’intensité carbone, ce qui limite son effet. Pékin a annoncé de premiers plafonds absolus d’émissions dès 2027 dans certains secteurs, et un marché complet d’ici 2030.
Engagements et réalités : le tableau
Pour y voir clair, voici les principaux engagements chinois mis face à la situation observée en 2025-2026.
| Domaine | Engagement | Réalité en 2025-2026 |
|---|---|---|
| Émissions totales | Pic avant 2030, puis -7 à 10 % sous le pic en 2035 | Stables ou en légère baisse depuis mars 2024, sans plafond officiel |
| Intensité carbone | -18 % entre 2020 et 2025, puis -17 % entre 2026 et 2030 | Objectif 2025 manqué selon l’ancien calcul, atteint selon le nouveau |
| Solaire et éolien | 3 600 GW en 2035 | Environ 1 840 GW fin 2025, avec un record de 434 GW installés en un an |
| Charbon | Pic de consommation entre 2026 et 2030 | 78 GW de centrales mises en service en 2025, un record depuis dix ans |
| Voitures électriques | 20 % des ventes en 2025, la norme en 2035 | Près de 50 % des ventes de voitures neuves fin 2025 |
| Marché carbone | Plafonds absolus dès 2027, marché complet en 2030 | 60 % des émissions couvertes, quotas encore très généreux |
Les critiques et les zones d’ombre
Première critique : l’ambition de 2035. Plusieurs centres de recherche, comme le think tank E3G, estiment qu’il faudrait une baisse d’environ 30 % pour s’aligner sur l’objectif de 2 °C de l’accord de Paris, bien au-delà des 7 à 10 % promis.
Deuxième critique : la mesure. Le 15e plan a modifié le calcul de l’intensité carbone en y ajoutant les émissions des procédés industriels. Selon le CREA, ce changement a effacé environ la moitié de la hausse des émissions précédemment publiée pour 2020-2025.
Avec l’ancienne méthode, la baisse de l’intensité carbone sur 2021-2025 n’aurait atteint qu’environ 12 %, loin de l’objectif de 18 %. Les chiffres officiels, eux, annoncent 17,7 %.
Troisième critique : l’objectif de 17 % pour 2026-2030 laisse de la marge. Si la croissance tourne autour de 4,5 à 5 % par an, le CREA calcule que les émissions pourraient encore augmenter de 3 à 6 % sur la période.
De son côté, Pékin présente ses objectifs comme des « meilleurs efforts » réalistes, qu’il a souvent dépassés, comme pour les voitures électriques. Certains chercheurs, à la London School of Economics notamment, y voient une gestion prudente du risque plutôt qu’un renoncement.
Les deux lectures se rejoignent sur un point : la Chine promet peu sur le papier, mais sa transition industrielle avance plus vite que ses engagements officiels. Toute la question est de savoir si les émissions vont vraiment baisser avant 2030.
Ce que ça change pour ton voyage en Chine
Le changement climatique n’est pas qu’une affaire de statistiques : il se ressent déjà sur place. L’été 2025 a été le plus chaud jamais mesuré en Chine depuis 1961, avec une température moyenne nationale de 22,3 °C.
À Shanghai, le thermomètre a dépassé 35 °C pendant 27 jours au seul mois d’août 2025, un record. Pékin a frôlé les 40 °C dès le mois de juin.
Les pluies extrêmes se multiplient aussi. En juillet 2025, des crues soudaines ont fait au moins 44 morts dans la banlieue rurale de Pékin, et en août, une crue a emporté un camping de touristes en Mongolie-Intérieure.
Concrètement, voici comment adapter ton voyage :
- Privilégie le printemps et l’automne pour les régions de l’Est et du Yangtsé : de juillet à août, la chaleur et l’humidité deviennent éprouvantes.
- Surveille les alertes météo en été, surtout si tu randonnes en montagne ou dors au bord d’une rivière.
- Prends le train plutôt que l’avion sur les trajets intérieurs : le réseau à grande vitesse est électrique, rapide et confortable. Tout est expliqué dans notre guide pour voyager en train en Chine.
- Vérifie la qualité de l’air en hiver dans le Nord, où le chauffage au charbon pèse encore : on t’explique tout dans notre article sur la pollution en Chine.
Et si tu veux limiter ton propre impact sur place, jette un œil à notre guide de l’écotourisme en Chine.
FAQ : la Chine et le climat
La Chine respecte-t-elle l’accord de Paris ?
Les émissions chinoises ont-elles déjà atteint leur pic ?
Pourquoi la Chine construit-elle encore des centrales à charbon ?
Un Chinois pollue-t-il plus que la moyenne mondiale ?
Faut-il éviter l’été pour voyager en Chine ?
Au fond, la Chine et le changement climatique, c’est l’histoire d’un pays qui promet prudemment mais transforme son industrie à grande vitesse. Les prochaines années diront si le plateau actuel devient une vraie baisse. Pour comprendre la stratégie industrielle qui se cache derrière, lis aussi notre article sur le plan Made in China 2025.







