La culture Hakka : une minorité Han méconnue
Les Hakka (客家, Kèjiā) forment un sous-groupe des Han, l’ethnie majoritaire de Chine. Leur population est estimée à environ 80 millions de personnes dans le monde, selon l’Encyclopædia Britannica.
📌 En résumé
- Qui sont-ils : un sous-groupe des Han, l’ethnie majoritaire de Chine, et non une minorité ethnique officielle.
- Combien : environ 80 millions dans le monde, dont près de 4,7 millions à Taïwan.
- Leur histoire : des migrations successives de la vallée du fleuve Jaune vers le sud, entre le IVe et le XIIIe siècle.
- La langue : une langue chinoise distincte du mandarin, reconnue langue nationale à Taïwan depuis 2017.
- Le patrimoine : les tulou du Fujian, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008.
- La cuisine : salée et pensée pour se conserver, du poulet au sel au tofu farci.
Contrairement à ce que leur nom laisse parfois penser, les Hakka ne figurent pas parmi les 55 minorités ethniques reconnues par la République populaire de Chine. Officiellement, ils sont Han. On parle donc de minorité au sens culturel et linguistique, pas au sens administratif.
Leur identité repose sur une langue propre, une longue histoire de migrations et des traditions qui les distinguent des autres populations Han du sud de la Chine. Cet article présente leur origine, leur langue, leur architecture, leurs coutumes et leur cuisine.
Qui sont les Hakka ?
Un sous-groupe Han, pas une minorité officielle
La Chine reconnaît officiellement 56 groupes ethniques : les Han, majoritaires, et 55 minorités. Les Hakka sont rattachés aux Han.
Leurs particularités sont pourtant nombreuses : une langue distincte du mandarin, une architecture spécifique et des traditions familiales marquées. Les spécialistes les décrivent comme un « groupe dialectal » ou un « sous-groupe » des Han.
L’origine du nom « Hakka »
Le mot « Hakka » est la prononciation cantonaise des caractères 客家, lus « kejia » en mandarin. Il est généralement traduit par « familles invitées » ou « gens venus d’ailleurs ».
Selon la Britannica, l’origine exacte du terme reste discutée. Il pourrait s’agir d’un nom donné par les populations déjà installées dans le sud, ou d’un nom que les Hakka se sont eux-mêmes attribué au fil de leurs migrations.
Combien sont-ils ?
L’estimation la plus couramment citée est d’environ 80 millions de Hakka dans le monde. Le nombre de personnes qui parlent encore la langue hakka est nettement inférieur.
À Taïwan, une enquête du Conseil des affaires hakka menée en 2021 a recensé environ 4,67 millions de Hakka, soit 19,8 % de la population de l’île.
Une histoire faite de migrations
Des plaines du fleuve Jaune au sud de la Chine
Les origines des Hakka restent en partie incertaines. La Britannica indique qu’ils auraient d’abord vécu dans les provinces du Henan et du Shanxi, dans la vallée du fleuve Jaune.
Ils auraient migré vers le sud en plusieurs vagues : au début du IVe siècle, à la fin du IXe siècle, puis au XIIIe siècle. Ces déplacements sont généralement associés aux guerres et aux invasions venues du nord.
La chute de la dynastie des Song du Sud, dans les années 1270, marque leur installation dans les régions où ils vivent encore aujourd’hui.
Les foyers historiques des Hakka
Les Hakka se sont principalement établis dans une zone de collines à cheval sur trois provinces : l’est du Guangdong, l’ouest du Fujian et le sud du Jiangxi.
Arrivés après les autres populations, ils ont souvent dû s’installer sur les terres montagneuses les moins fertiles. Cette situation a profondément marqué leur mode de vie, leur habitat et leur cuisine.
La ville de Meizhou, dans le Guangdong, est souvent présentée comme la « capitale mondiale des Hakka » (世界客都).
Les conflits avec les populations locales
L’installation des Hakka a parfois provoqué des tensions avec les populations déjà présentes, appelées bendi (本地, « locaux ») ou punti en cantonais.
Au XIXe siècle, ces rivalités ont dégénéré en conflits armés dans le Guangdong. La Britannica relie les origines de la révolte des Taiping (1850-1864) à ces tensions entre Hakka et bendi, et précise que la direction du mouvement était principalement hakka.
Le chef de cette révolte, Hong Xiuquan, était lui-même issu d’une famille hakka du Guangdong. La guerre des Taiping a fait plus de 20 millions de morts selon la Britannica.
Une diaspora présente sur tous les continents
À partir du XIXe siècle, de nombreux Hakka ont quitté la Chine pour l’Asie du Sud-Est, les Amériques et l’océan Indien.
On les trouve aujourd’hui en nombre à Taïwan, en Malaisie (notamment au Sabah et au Sarawak), à Singapour, en Indonésie et en Thaïlande. La Britannica mentionne aussi une communauté hakka en Jamaïque.
Plusieurs territoires francophones comptent une importante présence hakka. C’est le cas de la Polynésie française, où les premiers Chinois sont arrivés au milieu des années 1860, ainsi que de l’île Maurice et de La Réunion.
Parmi les personnalités d’origine hakka figure Lee Kuan Yew, fondateur de Singapour moderne, dont la famille était originaire du district de Dabu, dans le Guangdong.
La langue hakka
Une langue chinoise à part entière
Le hakka (客家话, kejiahua) appartient à la famille des langues chinoises, au même titre que le mandarin, le cantonais ou le minnan. Il n’est pas compris par un locuteur du mandarin qui ne l’a pas appris.
Selon la Britannica, il présente des affinités à la fois avec le cantonais et avec le mandarin, notamment dans certains sons initiaux.
Le dialecte de Meixian comme référence
Le hakka se divise en plusieurs variantes régionales. Le parler de Meixian, autour de Meizhou, sert souvent de référence.
À Taïwan, les variantes les plus répandues sont le sixian (四縣) et le hailu (海陸), apportées par des migrants venus de l’est du Guangdong.
Un statut officiel à Taïwan
Le 29 décembre 2017, le Parlement taïwanais a adopté un amendement à la loi fondamentale sur les Hakka. Le texte reconnaît le hakka comme langue nationale.
Dans les cantons où les Hakka représentent au moins un tiers de la population, le hakka devient l’une des principales langues de communication publique.
Une transmission fragile
Le nombre de locuteurs diminue d’une génération à l’autre. À Taïwan, l’enquête de 2021 indique que 38,3 % des Hakka sont capables de parler la langue.
Dans la diaspora, le phénomène est similaire. En Polynésie française, la pratique du hakka est devenue presque inexistante chez les plus jeunes générations.
Un proverbe hakka illustre l’attachement historique à la langue : « Mieux vaut vendre les champs des ancêtres qu’oublier la langue des ancêtres » (宁卖祖宗田,不忘祖宗言).
L’architecture hakka
Les tulou du Fujian
Les tulou (土楼) sont de grandes habitations collectives en terre, de forme circulaire ou carrée, construites dans le sud-ouest du Fujian.
En 2008, l’UNESCO a inscrit 46 de ces bâtiments sur la liste du patrimoine mondial. Ils ont été construits entre le XVe et le XXe siècle selon la description de l’organisation.

Chaque tulou pouvait abriter un clan entier, soit jusqu’à 800 personnes. Les murs épais, la porte unique et les rares ouvertures vers l’extérieur répondaient à un besoin de défense.
La majorité des tulou ont été bâtis par des familles hakka. Certains, comme ceux du district de Hua’an, l’ont été par des communautés de langue minnan.
Le savoir-faire de construction des tulou hakka figure depuis 2006 sur la première liste nationale chinoise du patrimoine culturel immatériel.
Les weilongwu de Meizhou
Dans la région de Meizhou, l’habitat traditionnel prend la forme des weilongwu (围龙屋), littéralement « maisons enroulées en dragon ».
Ces ensembles s’organisent autour d’une salle des ancêtres centrale. Ils sont généralement précédés d’un bassin en demi-lune et entourés à l’arrière de rangées de pièces disposées en arc de cercle.
Les maisons fortifiées et les villages clos
Dans le sud du Jiangxi, autour de Ganzhou, les Hakka ont bâti des maisons fortifiées carrées appelées weiwu (围屋), avec tours d’angle et murs épais.
À Hong Kong, plusieurs villages hakka fortifiés subsistent dans les Nouveaux Territoires. Celui de Sam Tung Uk, à Tsuen Wan, a été transformé en musée.
Traditions et organisation sociale
Le clan et le culte des ancêtres
La famille élargie occupe une place centrale dans la culture hakka. Les salles des ancêtres et les généalogies familiales (族谱) permettaient de maintenir le lien entre des branches dispersées par les migrations.
L’organisation même des tulou et des weilongwu, centrés sur l’autel des ancêtres, reflète cette importance du clan.

La place des femmes
Selon la Britannica, les Hakka ont largement évité la pratique des pieds bandés, répandue dans le reste de la société chinoise avant le XXe siècle.
Cette particularité est généralement expliquée par le rôle des femmes hakka dans les travaux agricoles, indispensables sur des terres de montagne difficiles à cultiver.
Les chants de montagne
Les chants de montagne hakka (客家山歌) sont des chants souvent improvisés, chantés en dialogue entre deux personnes ou deux groupes. Ils évoquent le travail, l’amour ou la vie quotidienne.
Les chants de montagne hakka de Meizhou font partie de la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel, publiée en 2006.
Musique et danses
La musique shifan hakka de l’ouest du Fujian (闽西客家十番音乐), jouée lors des fêtes et des cérémonies, figure également sur cette liste nationale.
La danse du qilin, animal mythique de la tradition chinoise, reste pratiquée dans de nombreuses communautés hakka, notamment lors du Nouvel An.
La cuisine hakka
Une cuisine de conservation
La cuisine hakka est généralement décrite comme salée, riche en matières grasses et parfumée. Ces caractéristiques s’expliquent par les conditions de vie de populations installées sur des terres pauvres.
Le sel permettait de conserver les aliments et de compenser la transpiration lors des travaux des champs. Le salage, la marinade et le séchage au soleil sont au cœur de nombreuses recettes.
Elle se distingue ainsi nettement de la cuisine côtière du Fujian, fondée sur les bouillons et les produits de la mer.
Les plats emblématiques
Le poulet au sel (盐焗鸡) est cuit enveloppé de papier et enfoui dans du gros sel chaud. C’est l’un des plats hakka les plus connus.
Le tofu farci (酿豆腐), connu en Asie du Sud-Est sous le nom de yong tau foo, est garni de viande hachée. Selon une explication répandue, des Hakka privés de farine de blé dans le sud auraient remplacé les raviolis traditionnels par du tofu farci.
Le porc aux légumes salés (梅菜扣肉) associe de la poitrine de porc à du chou moutarde séché et salé, qui équilibre le gras de la viande.
Le lei cha (擂茶), ou « thé pilé », est une préparation à base de feuilles de thé, d’herbes et de graines broyées au mortier. Il est souvent servi avec du riz et des légumes.
Où découvrir la culture hakka aujourd’hui
Les tulou du Fujian, notamment dans les districts de Yongding et de Nanjing, sont les sites hakka les plus visités. Ils sont accessibles depuis Xiamen ou Longyan.
Meizhou, dans l’est du Guangdong, concentre des weilongwu, des musées consacrés à la culture hakka et une gastronomie locale réputée.
Ganzhou, dans le sud du Jiangxi, abrite de nombreuses maisons fortifiées weiwu.
Près de Chengdu, dans le Sichuan, la ville ancienne de Luodai témoigne de la migration de familles hakka vers l’ouest de la Chine.
À Shenzhen, la ville ancienne de Gankeng rappelle les origines hakka d’une partie de la région.
À Hong Kong, le musée de Sam Tung Uk présente un village hakka fortifié du XVIIIe siècle.
À Taïwan, les comtés de Hsinchu et de Miaoli, ainsi que la ville de Meinong, dans le sud de l’île, comptent une forte population hakka.
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Réserve ton hôtelQuestions fréquentes sur les Hakka
Les Hakka sont-ils une minorité ethnique en Chine ?
Que signifie le mot « Hakka » ?
Combien y a-t-il de Hakka dans le monde ?
Le hakka est-il un dialecte du mandarin ?
Tous les tulou du Fujian sont-ils hakka ?
Où vivent les Hakka en Chine ?
Sources
- Encyclopædia Britannica : Hakka
- UNESCO : les tulou du Fujian, patrimoine mondial depuis 2008
- Conseil des affaires d’État de Chine : première liste nationale du patrimoine culturel immatériel (2006)
- Agence centrale de presse de Taïwan : enquête 2021 sur la population hakka
- Taipei Times, décembre 2017 : le hakka reconnu langue nationale à Taïwan
- Singapore Chinese Cultural Centre : la cuisine hakka
- Outremers 360 : les Polynésiens d’origine chinoise
- Photo à la une : tulou de Tianluokeng, par Asalover2004, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0







