Lac Qinghai : le guide 100 % local du plus grand lac de Chine
📌 En résumé
- Le plus grand lac de Chine : un lac salé d’altitude d’environ 4 650 km² selon les relevés satellite de septembre 2024, perché à plus de 3 196 m.
- Un lac qui grandit : après des décennies de baisse, son niveau remonte sans interruption depuis 2004. Il engloutit aujourd’hui des routes, des maisons d’éleveurs et même une statue.
- Moins salé qu’on ne le lit : environ 12 à 13 grammes de sel par litre, soit à peu près un tiers de l’eau de mer, et non le double comme l’affirment certains guides.
- Trois noms, un seul sens : Qinghai en chinois, Tso Ngönpo en tibétain, Kokonor en mongol. Tous veulent dire « bleu ».
- Le spectacle méconnu : la migration du poisson nu, de fin mai à fin juillet, quand les rivières semblent « moitié eau, moitié poisson ».
- La meilleure période : juillet pour le colza et la migration, septembre-octobre pour le calme et la lumière.
- La base : Xining, à environ 2 275 m, où il faut passer au moins une nuit pour s’acclimater avant de monter au lac.
- Le tip local : 2027 sera une année du Mouton, l’année où les pèlerins tibétains font traditionnellement le tour du lac. Un moment rare à vivre.
Il y a des lieux qu’on croit connaître avant d’y aller, parce qu’on a vu cent photos de champs de colza jaunes et de drapeaux de prière dans le vent. Et puis on arrive au bord du lac Qinghai, et on comprend que les photos mentaient par omission : elles ne montrent ni l’immensité, ni le froid sec du matin à 3 200 mètres, ni cette ligne d’horizon où l’eau et le ciel finissent par se confondre. 🏔️
Ce guide est celui que j’aurais voulu lire avant de partir. Il mêle ce qu’il faut savoir pour organiser ta visite — accès, saisons, spots, altitude — et ce qui rend ce lac passionnant : son histoire géologique, les peuples qui l’ont bordé, le petit poisson qui en est le héros discret, et la raison pour laquelle il ne cesse de grandir. J’ai aussi pris soin de corriger quelques erreurs qui circulent d’un site à l’autre.
Notre visite du lac Qinghai en vidéo
Avant de rentrer dans le détail, voici la vidéo que nous avons tournée sur place. Elle te donnera une idée bien plus juste de la taille du lac et de l’ambiance.
Le lac Qinghai en chiffres
Commençons par poser les bases, avec des données vérifiées auprès des sources officielles et scientifiques. Tu verras qu’elles s’écartent parfois sensiblement de ce qu’on lit ailleurs.
| Donnée | Valeur | Source ou précision |
|---|---|---|
| Superficie | ≈ 4 650 km² | Relevé satellite de septembre 2024, en hausse continue |
| Altitude du plan d’eau | Plus de 3 196 m | Niveau en hausse de plus de 20 cm par an en moyenne |
| Salinité | ≈ 12 à 13 ‰ | Mesures scientifiques ; environ un tiers de l’eau de mer |
| pH | ≈ 9,2 | Eau nettement alcaline |
| Périmètre | ≈ 360 km | Distance de la boucle routière |
| Statut | Réserve naturelle nationale | Parc national approuvé en 2022, inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO |
Trois noms pour un même bleu
J’adore ce détail, parce qu’il résume à lui seul l’histoire de la région. Le lac porte trois noms, dans trois langues, venant de trois peuples qui se sont succédé ou côtoyés sur ses rives. Et tous disent la même chose.
- Qinghai (青海, qīnghǎi) en chinois : la « mer bleue », ou bleu-vert, car le caractère 青 désigne une nuance que le français n’a pas.
- Tso Ngönpo (མཚོ་སྔོན་པོ་) en tibétain : le « lac bleu ».
- Kokonor, du mongol Köke Nuur : encore le « lac bleu ». C’est sous ce nom que les cartes européennes l’ont longtemps désigné.
Aussi, le lac a donné son nom à la province entière. Le Qinghai est l’une des rares provinces chinoises baptisées d’après un lac, ce qui dit bien la place qu’il occupe dans l’imaginaire régional. Les locaux, eux, l’appellent volontiers « la mer », et les deux préfectures qui le bordent en portent la trace : Haibei au nord et Hainan au sud, littéralement « au nord de la mer » et « au sud de la mer » sans aucun rapport avec l’île tropicale de Hainan.

Une histoire géologique et humaine
D’un lac d’eau douce à un lac salé
Le lac Qinghai n’a pas toujours été salé. Il s’écoulait autrefois vers le système du fleuve Jaune. Selon le dossier déposé auprès de l’UNESCO, il y a environ 210 000 ans, le soulèvement du plateau tibétain lui a coupé cet exutoire : le lac est devenu endoréique, c’est-à-dire que l’eau y entre mais n’en ressort plus que par évaporation.
Conséquence : au fil des millénaires, les sels charriés par les rivières se sont concentrés, et l’écosystème a basculé. La plupart des espèces de poissons ont disparu. Une seule a su s’adapter et domine aujourd’hui le lac : le poisson nu, dont je te parle plus bas, et qui est devenu la clé de voûte de tout l’écosystème.
Un carrefour de peuples
Les rives du lac ont toujours été une zone de contact. Entre le IVᵉ et le VIIᵉ siècle, le royaume des Tuyuhun (吐谷浚), un peuple d’origine xînbei, contrôlait ces pâturages et la route commerciale qui les traversait. La région est ensuite devenue une zone de rivalité entre l’empire des Tang et l’empire tibétain, avant d’accueillir des tribus mongoles à partir du Moyen Âge. Aujourd’hui encore, les rives sont habitées par des éleveurs tibétains, des communautés mongoles, des Hui musulmans et des Han.
La légende la plus racontée sur place est celle de la princesse Wencheng. En 641, cette princesse Tang fut envoyée épouser le souverain tibétain Songtsen Gampo. Arrivée au col qui séparait le monde chinois des steppes, elle aurait jeté son miroir magique, qui se brisa en deux moitiés devenues les deux sommets du mont du Soleil et de la Lune (日月山, Rìyuè Shān). Ses larmes auraient donné naissance à la rivière Daotang (倒淌河), dont le nom signifie « la rivière qui coule à l’envers » : contrairement à presque tous les cours d’eau chinois, elle coule vers l’ouest, jusqu’au lac.
La légende est très belle ; la géographie, elle, est bien réelle. Le col du Soleil et de la Lune marque encore aujourd’hui une frontière naturelle frappante entre les terres cultivées à l’est et les prairies d’élevage à l’ouest. Tu le franchiras forcément en venant de Xining, et il vaut l’arrêt.
Le lac qui grandit
C’est le chapitre le plus surprenant, et le plus actuel. Depuis le début des relevés en 1955, le niveau du lac baissait régulièrement. La tendance s’est inversée en 2004, et le lac s’agrandit depuis vingt années consécutives. Rien qu’en 2024, il a gagné 28 km². En 2020, son niveau était déjà remonté de 3,65 mètres par rapport à 2004, retrouvant des niveaux inédits depuis les années 1960.
Les responsables de la réserve l’expliquent par deux facteurs : le réchauffement et l’humidification du plateau, qui augmentent les précipitations et l’apport des rivières, et les efforts de restauration écologique menés dans le bassin. Mais cette bonne nouvelle a un revers : l’eau gagne sur les rives. Des maisons d’éleveurs ont été submergées, des habitats d’oiseaux menacés, et une statue de déesse de sept mètres, autrefois spot photo populaire posé bien au-dessus de l’eau, a aujourd’hui les pieds dans le lac.
C’est dans ce contexte que la Chine a approuvé en 2022 la création d’un parc national autour du lac, sur une surface préliminaire d’environ 10 400 km². Le lac figure également sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le poisson nu, héros discret du lac
Si tu ne devais retenir qu’une chose sur l’écologie du lac, ce serait lui. Le poisson nu du lac Qinghai (青海湖裸鲤, que les habitants appellent simplement huangyu, 湟鱼) est une carpe sans écailles, endémique du bassin. C’est quasiment le seul poisson capable de vivre dans cette eau salée et alcaline.
Son cycle de vie tient de l’exploit. Ses œufs ne peuvent pas se développer en eau salée : chaque année, les adultes remontent donc vers les rivières d’eau douce qui alimentent le lac pour frayer, à la manière des saumons, avant de redescendre. Les scientifiques situent cette migration entre fin mai et fin juillet, principalement dans les rivières Shaliu, Buha, Quanji, Haergai et Heima. Sur la rivière Shaliu, les bancs sont si denses qu’on décrit localement le spectacle d’une rivière « moitié eau, moitié poisson ».
Ce poisson grandit extrêmement lentement : il lui faut environ sept ans pour atteindre sa maturité et quelque 300 grammes. C’est ce qui l’a rendu si vulnérable. Ouverte à l’exploitation industrielle en 1958, la pêche a effondré la population, estimée à environ 320 000 tonnes avant les années 1950, jusqu’à seulement 3 000 tonnes au début des années 2000. L’espèce est aujourd’hui protégée, la pêche interdite, et sa population en voie de reconstitution. Elle figure comme espèce menacée dans le Livre rouge chinois.
Oiseaux et gazelles : la faune du lac
Le poisson nu fait vivre tout le reste. Ses migrations attirent les oiseaux piscivores, et le lac est une étape majeure sur les routes migratoires d’Asie centrale. Au printemps et en été, on y observe notamment l’oie à tête barrée, capable de franchir l’Himalaya, des mouettes du Tibet, des cormorans et, avec de la chance, la grue à cou noir. En hiver, des cygnes viennent s’installer sur les zones non gelées.
L’animal le plus précieux vit pourtant sur la terre ferme : la gazelle de Przewalski, une antilope endémique extrêmement menacée, dont l’aire de répartition se limite aux alentours du lac. La montée des eaux grignote justement une partie de son habitat, ce qui fait de sa protection l’un des enjeux du futur parc national.
Les spots incontournables autour du lac
| Spot | Rive | Pourquoi y aller |
|---|---|---|
| Erlangjian (二郎剑) | Sud-est | La zone aménagée principale, la plus proche de Xining. Idéal pour une première approche |
| Heimahe (黑马河) | Sud-ouest | Le spot du lever de soleil. On dort sur place pour être au bord de l’eau avant l’aube |
| Mont du Soleil et de la Lune (日月山) | Sur la route depuis Xining | Col légendaire de la princesse Wencheng, frontière entre terres agricoles et steppes |
| Rivière Daotang (倒淌河) | Est | La rivière « qui coule à l’envers », vers l’ouest |
| Rivière Shaliu (沙柳河) | Nord, vers Gangcha | Le meilleur endroit pour voir la migration du poisson nu en juin-juillet |
| Route de la rive ouest | Ouest | La portion la plus sauvage, avec les plus beaux panoramas dégagés |
| Lac salé de Chaka (茶卡盐湖) | À l’ouest, hors du lac | L’effet miroir célèbre, à combiner avec Heimahe dans la même journée |
Mon ordre de préférence, si tu n’as qu’une nuit : arrêt au mont du Soleil et de la Lune en montant, après-midi à Erlangjian ou sur la rive sud, nuit à Heimahe, lever de soleil au bord de l’eau, puis route vers Chaka le lendemain matin.
Faire le tour du lac : voiture ou vélo ?
La boucle complète fait environ 360 km. Beaucoup de visiteurs s’imaginent la boucler dans la journée depuis Xining : c’est techniquement possible en voiture, mais tu passerais ton temps au volant, à 3 200 mètres, sans t’arrêter nulle part. Mon conseil : deux jours au minimum pour une vraie boucle, ou une seule rive bien faite plutôt que le tour entier en courant.
Le vélo est une institution ici. Le lac accueille depuis 2002 une course cycliste internationale, le Tour du lac Qinghai, parmi les épreuves les plus hautes du calendrier. Des loueurs proposent des vélos à la journée ou pour plusieurs jours, avec une logistique de récupération. Compte trois à cinq jours pour le tour complet à un rythme raisonnable. Mais sois lucide : l’altitude rend l’effort bien plus exigeant qu’en plaine, et le vent sur les rives ouest peut être éprouvant.
Quand y aller ?
| Période | Ce que tu verras | À savoir |
|---|---|---|
| Avril – mai | Retour des oiseaux migrateurs, fonte des glaces | Encore très froid, prairies pas encore vertes |
| Juin | Prairies vertes, début de la migration du poisson nu | Bonne intersaison, météo changeante |
| Juillet | Colza en fleurs, pic de migration, course cycliste | Le plus beau, mais le plus fréquenté. Réserve tout |
| Août | Paysages encore verts, fin du colza | Vacances scolaires chinoises, forte affluence |
| Septembre – octobre | Lumière dorée, calme, ciel très pur | Ma période préférée. Éviter la semaine du 1er octobre |
| Novembre – mars | Lac gelé, paysages de neige, cygnes | Services très réduits, froid intense |
Mes tips 100 % locaux
2027, l’année du tour du lac
Voici l’information que tu ne trouveras dans aucun guide français. Les Tibétains ont un dicton : « l’année du Cheval on fait le tour de la montagne, l’année du Mouton on fait le tour du lac ». Chaque année du Mouton, des pèlerins viennent faire la circumambulation du lac Qinghai — le kora — à pied, parfois sur plusieurs semaines, en marchant dans le sens des aiguilles d’une montre.
Or 2027 sera une année du Mouton. Si ton voyage tombe cette année-là, tu croiseras bien plus de pèlerins qu’à l’accoutumée sur les routes du lac. C’est un moment privilégié pour observer une pratique religieuse vivante, à condition de le faire avec discrétion. Pour comprendre ce qui se joue, lis mon article sur le bouddhisme tibétain et sur les lacs sacrés du Tibet.
Le savoir-vivre sur les rives
- Tourne dans le sens des aiguilles d’une montre autour des amas de pierres, des stûpas et des monastères.
- Ne marche pas sur les drapeaux de prière tombés au sol, et ne les décroche pas pour une photo.
- Demande avant de photographier les éleveurs et les pèlerins. Un sourire et un geste vers l’appareil suffisent.
- Ne te baigne pas : l’eau est glaciale toute l’année, et le lac est considéré comme sacré par une partie de la population.
- Accepte le thé au beurre de yak si on te l’offre. Tu n’es pas obligé d’aimer, mais refuser d’y goûter est mal perçu.
L’altitude, le vrai sujet
Ne sous-estime pas ce point. Le lac est à plus de 3 190 mètres, et le col du Soleil et de la Lune plus haut encore. Passe au moins une nuit à Xining, à environ 2 275 mètres, avant de monter. Bois beaucoup, évite l’alcool le premier jour, ne cours pas, et redescends si les maux de tête persistent ou s’aggravent. Tous mes conseils détaillés sont dans mon article sur comment s’acclimater à l’altitude.
Infos pratiques
Comment y aller
Tout part de Xining, capitale de la province, desservie par avion et par train à grande vitesse. C’est aussi un point de passage de la ligne ferroviaire Qinghai-Tibet vers Lhassa, qui longe d’ailleurs une partie du lac. J’en parle dans mon article sur le voyage au Tibet en train.
Depuis Xining, compte environ 150 à 180 km selon le point d’accès au lac. Trois options s’offrent à toi : la voiture avec chauffeur, la plus confortable et la plus souple, surtout pour aller jusqu’à Heimahe et Chaka ; les bus qui desservent Erlangjian au départ de la gare routière de Xining, économiques mais limités à la zone aménagée ; et les circuits organisés, pratiques si tu ne parles pas chinois. Le Qinghai ne nécessite aucun permis spécial, contrairement au Tibet : ton visa chinois suffit.
Où dormir
Deux stratégies. Soit tu fais l’aller-retour dans la journée depuis Xining, en te limitant à Erlangjian. Soit, et c’est ce que je recommande, tu dors au bord du lac, à Heimahe ou dans les guesthouses de la rive sud. C’est la seule façon de vivre le lever de soleil, qui est le moment fort d’une visite. Les hébergements sont simples, parfois sommaires, mais l’emplacement fait tout.
Ce qu’il faut emporter
- Une vraie couche chaude, même en juillet, pour le matin et le soir.
- Un coupe-vent imperméable : les averses sont fréquentes et soudaines.
- Protection solaire complète : crème, lunettes, chapeau, baume à lèvres.
- Du liquide et une batterie externe : certaines zones de la rive ouest sont peu desservies.
- Ton passeport, demandé à l’hôtel et parfois aux entrées des sites.
FAQ : le lac Qinghai
Le lac Qinghai est-il le plus grand lac de Chine ?
Le lac Qinghai est-il plus salé que la mer ?
Le lac Qinghai est-il en train de s’assécher ?
Quelle est la meilleure période pour visiter le lac Qinghai ?
Faut-il un permis pour visiter le lac Qinghai ?
Peut-on faire le tour du lac en une journée ?
Risque-t-on le mal des montagnes au lac Qinghai ?
Le lac Qinghai n’est pas une case à cocher sur un itinéraire, c’est un endroit qui demande qu’on prenne son temps : une nuit au bord de l’eau, un lever de soleil dans le froid, une conversation avec quelqu’un qui le voit changer depuis soixante ans. Si tu reviens avec une seule photo, que ce soit celle-là — et une doudoune dans le sac.







